lundi 25 septembre 2017

La citation du... 25 septembre

En plus de John Fante, j'ai décidé de relire Timothy Findley. C'est bien Findley, faut s'y mettre !

"Nous sommes tous prisonniers de la perception qu'ont les autres de nous." 
Timothy Findley - Pilgrim 

jeudi 21 septembre 2017

L'extrait du... 21 septembre

Avec moi dieu-le-chien, et sa langue 
qui comme un trait perce la croûte 
de la double calotte en voûte 
de la terre qui le démange. 
Et voici le triangle d’eau 
qui marche d’un pas de punaise, 
mais qui sous la prunelle en braise 
se retourne en coup de couteau. 
Sous les seins de la terre hideuse 
dieu-la-chienne s’est retirée, 
des seins de terre et l’eau gelée 
qui pourrissent sa langue creuse. 
Et voici la vierge-au-marteau, 
pour broyer les caves de terre 
dont le crâne du chien stellaire 
sent monter l’horrible niveau.


Antonin Artaud - Extrait de l'Ombilic des Limbes

mercredi 20 septembre 2017

L'extrait du... 20 septembre

Il est temps de re-re-lire John Fante. Je vais m'y remettre, comme certains relisent la Bible ou un quelconque livre sacré. Sauf que John Fante c'est mieux que ça encore. 

"Une belle journée, aussi belle qu'une fille. Il roula sur le dos et regarda les nuages filer vers le sud. Tout là-haut le vent soufflait en tempête ; il avait entendu dire qu'il venait du fin fond de l'Alaska et de la Russie, mais les hautes montagnes protégeaient la ville. Il pensa aux livres de Rosa, à leurs couvertures de toile cirée aussi bleue que le ciel ce matin. Une journée paisible, deux chiens en balade, s'arrêtant brièvement au pied de chaque arbre. Il colla son oreille contre le sol. Là-bas, au nord de la ville, dans le cimetière des hautes terres, on descendait Rosa dans sa tombe. Il souffla doucement sur le sol, l'embrassa, mit un peu de terre sur le bout de sa langue. Un jour, il demanderait à son père de tailler une stèle pour la tombe de Rosa."

John Fante - Bandini (1938)

lundi 18 septembre 2017

Lecture : Pascal Garnier - Chambre 12

C'est étrange. Ce bouquin de Pascal Garnier est paru aux éditions Flammarion en 2000 mais sur le site de l'éditeur, impossible de le trouver. Comme une parabole de la discrétion de son auteur, qui a commis plusieurs romans courts et  noirs avant de disparaitre un peu trop tôt. 

Le résumé éditeur : "Charles est veilleur de nuit dans un modeste hôtel du treizième arrondissement. Une vie minuscule, que rythment les " bonjour-bonsoir " - ceux des clients, représentants ou étudiants fauchés, ceux de Malika la caissière, ceux de ses copains du Balto. Une vie entre parenthèses, une vie à l'abri de la vie. Puis un soir " elle " arrive, improbable dans son grand manteau blanc, anonyme derrière les verres fumés de ses lunettes, protégée par le casque de ses cheveux métal, la locataire de la chambre 12. Sans savoir qui elle est, chacun croit la connaître, car elle est celle que nous attendons tous... Charles va lui prendre la main pour ne plus la lâcher."

Certes, autant le dire tout de suite, Chambre 12 n'est pas le meilleur Garnier. On sent l'auteur peu inspiré et mis à part quelques images bien trouvées dont il a le secret, ça tourne assez vite en rond. Et le bouquin vaut surtout pour sa collection de portraits un peu grinçants, un peu sombres, mais toujours tendres, de personnages déroutants. 
L'intrigue, elle, tourne à vide et s'enlise dans cette chambre 12 et à la réception de cet hôtel du 13ème arrondissement où Charles, ex-taulard, est veilleur de nuit. Comme souvent chez Garnier, les héros n'en sont pas, ça n'existe pas un héros dans son univers, c'est plutôt un être humain comme vous et moi, à qui il arrive des petits trucs sans importance mais dont l'enchainement mérite parfois d'être raconté. "C’était ça, la vie sur terre, des passages furtifs, de bonnes et mauvaises fortunes. Charles tenait le rôle de saint Pierre et l’ascenseur celui du purgatoire. Le ciel n’était pas si haut que ça, n’importe quel nain sur la pointe des pieds pouvait le toucher du doigt." 
Roman mineur de Garnier, "Chambre 12" se laisse néanmoins lire car on sent vraiment que toute cette histoire de veilleur de nuit et de personnages féminins plus vrais que nature va mal finir. 

Pascal Garnier - Chambre 12, Flammarion, 136 pages, 13.8 €

vendredi 15 septembre 2017

Il arrive

C'est un plaisir de rien du tout mais il parait qu'il n'y aurait pas de petit plaisir. 
Enfin, voilà, l'exemplaire zéro de mon nouveau roman, "Des chardons dans la garrigue" est entre mes mains depuis ce jeudi. Feuilleter son bouquin après un an de labeur, le voir se matérialiser au format papier reste toujours un moment que j'apprécie. 
Une ultime relecture rapide et quelques corrections de mise en page plus tard, j'ai revalidé une nouvelle version papier qui sera la définitive. J'ai essayé de tenir compte des remarques qui avaient accompagné "Brûler à Black Rock" en augmentant la taille de la police pour une lecture plus agréable. Le bouquin étant moins volumineux (570 000 signes contre 770 000) cela permet de garder un livre de moins de 350 pages et de limiter le prix à 12,99 euros. 

Ouverture à la vente semaine prochaine avec également une version ebook. "Stay tuned!" comme dirait Marcel. Et en attendant, voilà l'argumentaire qui accompagne le bouquin : 
"Poussé par son cousin et associé à prendre sa retraite, Eugène Piquemal, garagiste de soixante-quatre ans, se demande ce qu'il va bien pouvoir faire de sa nouvelle vie. Son fidèle compagnon Chien-Blanc se fera t-il à la campagne s'il quitte Carcassonne pour retourner dans son Minervois natal ? Mais une étrange découverte faite lors d'un week-end sur la côte Atlantique vient modifier son avenir d'une façon tout à fait inattendue, jusqu'à trouver un écho dans son propre passé."

mercredi 13 septembre 2017

Encore Hank !

La publication en VF d'un nouveau bouquin autour de Charles Bukowski reste toujours un événement. Et même si j'ai depuis longtemps lu et relu tous les écrits qui sont disponibles dans notre langue, je reste un fan inconditionnel de Hank.
Aussi je ne peux que me réjouir et partager ici même cette annonce de la publication imminente (ce jeudi 14 Septembre) aux éditions du Diable Vauvert d'un bouquin intitulé "Sur l'écriture".

Voici la présentation que la sympathique maison d'édition gardoise en fait sur son site: 
Une anthologie de textes inédits sur l’écriture, le quotidien d’une véritable légende américaine, icône de la contre-culture. Ces lettres aux éditeurs, directeurs de revues, amis et confrères écrivains pour la première fois publiées, dessinent un portrait intime du grand poète tour à tour poignant, glacial, iconoclaste et souvent hilarant. On y découvre le rapport inquiet au travail, l’érudition littéraire, mais aussi le mordant, l’intransigeance de celui qui a donné voix aux opprimés et dépravés de la société, dans des phrases mémorables ponctuées de moments de grâce. 

Et parce que les extraits restent ce qu'il y a de mieux pour promouvoir un bouquin - surtout lorsqu'il s'agit de Bukowski, en voici un. 
Il s'agit d'une lettre envoyée à James Boyer May le 13 décembre 1959 : 

L’autre soir j’ai reçu la visite d’un éditeur et d’un auteur (Stanley McNail de The Galley Sail Review accompagné d’Alvaro Cardona-Hine) et le fait qu’ils m’aient trouvé négligé, la tête dans le cul, ne peut pas être entièrement de ma faute : le caractère de leur visite était aussi impromptu qu’un lâcher de bombe atomique. Ma question est la suivante : est-ce qu’un auteur à partir du moment où il est publié devient une propriété publique susceptible d’être fouillée sans préavis ou bien détient-il encore quelques droits à une vie privée en tant que citoyen qui paye ses impôts ? Serait-ce vulgaire de dire que le seul avantage à être artiste reste (encore) la possibilité de prendre ses distances vis-à-vis d’une société sur le déclin, ou s’agit-il simplement d’un concept tombé en désuétude ?
Il ne me semble pas que ce soit ignoble ou pédant d’exiger quelque liberté par rapport à l’esprit de clan malsain et la fraternité collante qui sévit dans beaucoup beaucoup de nos soi-disant publications d’avant-garde.

Voilà. Maintenant vous faites comme vous voulez, mais moi je vais courir me l'offrir ce bouquin. 

Sur l’écriture - Charles Bukowski, Au Diable Vauvert. 
338 pages, 20€
Parution le 14 septembre.