jeudi 17 août 2017

L'extrait du... 17 août

Même si en ces temps de trouble social, un extrait de ce bon vieux Léon Trotsky nous serait utile, nous nous contenterons du plus romantique Léon Tolstoï. Comme quoi, il en va des Léon comme des trains, l'un peut en cacher un autre.

"Je ne connais dans la vie que deux maux bien réels : c’est le remords et la maladie. Il n’est de bien que l’absence de ces maux. Vivre pour moi en évitant ces deux maux, voilà à présent toute ma sagesse. 
(...)
Mais chacun vit à sa façon : tu as vécu pour toi seul et tu dis que tu as failli gâcher ta vie et que tu ne connais le bonheur que depuis que tu as commencé à vivre pour autrui. Et moi, j’ai éprouvé l’inverse. J’ai vécu pour la gloire (et qu’est-ce que la gloire ? Toujours ce même amour pour les autres, le désir de faire quelque chose pour eux, le désir d’obtenir leurs louanges). Ainsi j’ai vécu pour les autres et je n’ai pas failli gâcher ma vie, je l’ai complètement gâchée. Et j’ai retrouvé la paix depuis que je vis pour moi seul."
Léon Tolstoï - Guerre & Paix.
Traduction : Boris de Schloezer

mercredi 16 août 2017

MANX : Journal de bord - Semaines 41 à 44

Cet article fait partie de la série "MANX: Journal de bord" qui se propose de suivre de façon hebdomadaire l'écriture de mon nouveau roman depuis les premières prises de notes jusqu'à l'impression du livre dans... plusieurs mois !  Article précédent : Journal de bord (35-40)


Phase 13 - Cinquième version
Quatre semaines n'auront pas été de trop (trois et demi en réalité) pour relire et annoter la quatrième version du manuscrit de "Manx". Depuis samedi 11 août j'ai donc attaqué la saisie de ces corrections sur la version électronique du roman. Heureusement cela avance plus vite que la relecture et les annotations. Il s'agit toujours de corrections de style à 90%, je traque notamment les lourdeurs, les répétitions et les phrases trop longues. Et j'en profite pour couper tout ce qui dépasse un peu trop (comprendre : réduire la voilure et dégrossir le manuscrit de tout ce qui est inutile). Il me faudra à priori deux semaines pour venir à bout de cette saisie des modifications et aboutir à une cinquième version du roman qui sera proche de la définitive. Ne restera en effet plus qu'à passer le texte au correcteur d'Antidote et ce sera terminé. 
Un an après avoir démarré ce projet, j'avoue qu'il me tarde, je commence à fatiguer. C'est le problème de ces réécritures et de ces phases de relecture/correction cycliques. On finit par saturer de cette histoire, des personnages et de tout le roman...

J'ai conscience que ça ne va pas m'aider à promouvoir ce bouquin mais je dois avouer que je ne suis pas très satisfait de cette histoire. Ni de la façon avec laquelle je l'ai racontée. Je n'éprouve pas la satisfaction que j'avais ressentie en venant à bout de "Brûler à Black Rock" par exemple, sur lequel j'avais planché deux ans. Mais je suppose qu'en Septembre lorsque j'aurai le bon à tirer entre les mains, je ressentirai un peu de plaisir de voir ce projet se concrétiser. En attendant, et comme promis, je livre ici le titre définitif de ce nouveau roman à paraître en Septembre : "Des chardons dans la garrigue". A suivre ! 

vendredi 11 août 2017

L'extrait du... 11 août

Nous partons ce vendredi vers les USA (comme souvent ici) et en particulier du côté des adeptes du surf. Non pas que je sois fan de ce sport branchouille mais il s'agit du thème du pavé "Jours barbares" que William Finnegan, journaliste au New Yorker a écrit pendant deux décennies. 
Je viens de commencer la lecture de ce récit (de la véritable Narrative Non Fiction comme disent les anglo-saxons) qui a permis à son auteur de décrocher le Prix Pulitzer. En attendant une chronique (pas tout de suite, je n'ai même pas encore écrit les chroniques de mes lectures du printemps!) de ce bouquin, en voici un extrait. 

Comme partout, le fait d’être un gars cool à l’adolescence reste en grande partie un mystère, mais la force physique (comprenez la puberté précoce), la confiance en soi (avec des points de bonus supplémentaires quand on défie les adultes), les goûts musicaux et vestimentaires, tout cela comptait. Je voyais mal comment j’aurais pu me targuer d’une de ces qualités. Je n’étais pas très grand – en vérité, à ma grande honte, la puberté semblait même m’éviter. Je n’étais pas branché, ni côté fringues ni côté musique. Et, surtout, je n’étais pas un voyou – je n’étais même pas allé en prison. Par contre j’admirais le cran des gamins de l’In Crowd et je n’allais pas m’amuser à remettre en question ceux qui me soutenaient.
Au départ je croyais que la principale activité de l’In Crowd serait la guerre des gangs. D’ailleurs, il était sans cesse question de la reprise des hostilités contre diverses bandes rivales de “mokes”. Mais Mike donnait toujours l’impression de conduire à des pourparlers une délégation chargée de ramener la paix, et les bains de sang étaient évités grâce à de laborieuses manœuvres diplomatiques permettant de sauver la face. Ces trêves étaient officialisées par des cuites solennelles, bien avant l’âge légal. Le plus clair de l’énergie du groupe était en réalité consacré aux ragots, aux fêtes, à de menus larcins et au vandalisme. Les jolies filles ne manquaient pas dans l’In Crowd, et j’en pinçais un jour sur deux pour l’une ou pour l’autre. Personne ne surfait.

William Finnegan - Jours Barbares (Editions du Sous-Sol)
Traduction : Frank Reichert

mercredi 9 août 2017

Lecture : Pascal Garnier - Trop près du bord

C'est toujours avec un plaisir immense que je me plonge dans une lecture ou relecture d'un bouquin de Pascal Garnier. D'ailleurs les romans de ce regretté auteur se prêtent bien à la relecture du fait de leur brièveté. Même si une fois la surprise de l'intrigue éventée, les histoires perdent un peu de leur mystère. Pourtant j'aime relire Pascal Garnier. Parce que ses bouquins sont courts et intenses. Ils ne s'appuient pas sur de grandes démonstrations et ne se prennent pas pour d'autres. Vous voyez ces gros pavés (souvent anglo-saxons) qui s'appuient sur des intrigues enchevêtrées aux résolutions complexes tissées sur une multitude de personnages et qui mélangent les époques ? Et bien avec Garnier, c'est tout le contraire. C'est écrit au plus près de l'histoire. Et l'histoire est racontée au plus près de la réalité. Il n'y a pas d'effet de manche ni de poudre aux yeux. C'est grinçant comme un ongle sur un tableau noir et efficace comme un 357 magnum à bout portant.

Dans la bibliographie de son auteur, "Trop près du bord" a été publié en 1999 au Fleuve Noir avant d'être repris en poche chez Points puis republié par les éditions Zulma en 2013.

Quatrième de couvertureÉliette savoure amèrement sa retraite. Son mari ? Mort. Ses enfants ? Loin. Pas d'amis. Pas de sexe. Un jour d'orage, elle secourt Étienne, fringuant quadragénaire perdu en rase campagne. Voyou, il explose son quotidien : le fils des voisins s'écrase en voiture, une jeune fille en furie débarque chez elle, deux kilos de cocaïne se promènent sous son nez... Il faut se méfier de la vieillesse qui dort !

Pascal Garnier nous a habitué au noir et il s'y tient avec un talent rarement pris en défaut. La sexagénaire de cette histoire, veuve, plutôt heureuse sans ses enfants qui ne lui manquent pas tant que ça, est un personnage des interstices, comme tous ceux qui intéressent Garnier. Elle roule en voiture électrique dans une campagne isolée : rien ne semble moins propice à l'aventure que ce décor. Et pourtant, avec l'intrusion d'un accidenté de la route qui débarque chez elle, toutes les failles des individus, les crises et les peurs rappliquent aussi sec. Etienne qui semble trop sympathique pour un gars qui sort de prison et qui a une drôle de relation avec sa fille qui arrive à son tour chez Éliette... Tous les ingrédients du roman noir sont là, et en moins de 150 pages, Pascal Garnier nous embarque dans une campagne propice à toutes les angoisses. Comme toujours chez lui, c'est sec et brillant, enlevé, parfois un peu tiré par les cheveux mais il est tellement agréable de se laisser aller à ses penchants...
Pascal Garnier - Trop près du bord, Points, 144 pages, 6.3 €

lundi 7 août 2017

L'extrait du... 7 août

"Il n'y a pas plus grande, plus extraordinaire bénédiction que l'absence de journaux, l'absence de nouvelles sur ce que peuvent inventer les humains aux quatre coins du monde pour rendre la vie vivable ou invivable. Si seulement on pouvait éliminer la presse, quel grand pas en avant nous ferions, j'en suis sur! La presse engendre le mensonge, la haine, la cupidité, l'envie, la suspicion, la peur, la malice. Qu'avons nous à faire de la vérité, telle que nous la servent les quotidiens? Ce qu'il nous faut, c'est la paix, la solitude, le loisir."


Henry Miller - Le colosse de Maroussi
traduction : Georges Belmont

dimanche 6 août 2017

Lecture : Jim Harrison - De Marquette à Veracruz

Plus le temps passe, plus je lis des articles, des romans, des livres sur ou de Jim Harrison, plus j'acquiers l'intime conviction du talent de cet auteur et de l'insoumission de cet homme. 
Avec "De Marquette à Veracruz" c'est un voyage littéraire à nul autre pareil auquel nous invite l'écrivain du Michigan. Certains auteurs nous racontent des histoires, lui nous raconte la vie. Avec l'air de rien, des paragraphes qui se succèdent souvent sans trame narrative très claire ni très structurée, un amalgame de sensations, de descriptions, d'actions, de réflexions qui mis bout à bout forment un bouquin. Et dans le cas de ce livre, un sacré bouquin !

Quatrième de couverture : David Burkett, quatrième du nom, est l'héritier d'une famille lourde à porter, responsable du déboisage sauvage du Michigan. Entre une mère alcoolique et un père cynique, prédateur sexuel, David s'exile, en quête d'expiation. Dans le décor lyrique des grandes plaines, son parcours initiatique est marqué par la tragédie familiale et la beauté des femmes... 

Ce roman est d'une puissance rarement atteinte. Le lecteur que je suis s'est délecté, l'auteur que j'essaye d'être a eu la sensation qu'il valait mieux ranger les stylos une bonne fois pour toutes. Car Big Jim atteint dans ce roman écrit en 2004 le summum de son art. Tout y est. L'émancipation douloureuse d'un fils envers son père, la culpabilité et la trahison, les remords d'un courage dont on n'a pas su faire preuve, l'agression de l'homme sur la nature au nom du profit financier, la fierté, la sauvagerie de l'homme, les pulsions qui nous font dévier, les névroses de chacun et nos efforts pour continuer à vivre, notre rapport au monde animal... Big Jim fait preuve d'une maîtrise inouïe dans ce roman violent et sauvage, orageux et puissant. Ses personnages sont campés avec une force peu ordinaire et le lecteur est aspiré par ses mots agencés avec talent, traduits avec passion par un Brice Matthieussent inspiré. Son héros, David Burkett est à la fois irritant de passivité et attachant de vie. Il est une parabole parfaite des manquements de chacun d'entre nous mais aussi de ce qui rend l'être humain vivant, de ces errements entre l'éducation reçue et le chemin individuel que chacun cherche à tracer. Entre les valeurs reçues et ses aspirations profondes. De tous ces mouvements d'araignée à l'intérieur de nos toiles cérébrales qui nous empêchent d'être apaisé : "Si tu refuses de mettre au monde ce qui est en toi, ce que tu ne mets pas au monde te détruiras."

Extrait : "Glacé jusqu'aux os et épuisé, j'ai rejoint ma chambre de motel, j'ai installé un fauteuil près de la fenêtre, puis je me suis endormi en regardant la blancheur effrayante du monde. Il s'agissait de toute évidence d'une toile vierge sur laquelle on pouvait peindre son existence si l'envie vous en prenait. Juste avant de sombrer, je me suis imaginé assis à la fenêtre du chalet et j'ai peint ce qui l'intérieur de ce qui serait mon chalet, y compris la fenêtre de devant d'où les seules choses visibles était le lac Supérieur et la ligne d'horizon, mais me tracassait cette idée de Fred selon laquelle en tant que chrétien putatif je devais apprendre à fonctionner dans le monde avant d'avoir le droit de m'en absenter."

Jim Harrison - De Marquette à Veracruz, Christian Bourgois, 492 pages, 25 €
Traduction : Brice Matthieussent

vendredi 4 août 2017

Librairies au nord de l'estuaire

Récemment en vacances du côté de l'estuaire de la Gironde, j'ai profité de cette visitecomme je le fais à chaque fois que je quitte mon antre, pour supporter les librairies indépendantes locales. Quelques dizaines d'euros investis à chaque fois dans des ouvrages ajoutés à ma pile de lectures
Du côté de La Rochelle, j'ai ainsi rendu visite à la librairie Calligrammes. Idéalement située sous les arches de la vieille ville, il s'agit d'un endroit convivial et chaleureux où on a tôt fait de passer des heures à aller d'un présentoir à l'autre, d'une bibliothèque à l'autre, en se laissant guider par les conseils de lecture rédigés de la main des libraires et disposés à proximité des livres. Une saine habitude des libraires qui repose sur leurs goûts et leur proximité avec le lecteur et qui engage à la conversation et aux conseils. L'argument massue en leur faveur et, par contrecoup, au détriment des supermarchés de la culture où les bouquins s'empilent de façon impersonnelle sans goût, sans vie, sans rien. 

Poursuivant sur Poitiers, j'ai poussé la porte de la très moderne librairie La belle aventure située dans le quartier piéton de la ville. Parquet sombre au sol, bibliothèques tassées contre les murs, présentoirs clairs et bien rangés au centre, l'impression chirurgicale n'empêche pas de s'y sentir bien. Là aussi des petits bandeaux sous les bouquins signalent les coups de cœur de la librairie. Et même si on aurait apprécié un petit mot personnel, cela permet d'attirer l'attention sur les livres conseillés. Les allées sont claires et aérées, et on s'y sent bien.

Librairie Calligrammes 24 rue Chaudrier, 17000 La Rochelle.
Librairie La belle aventure, 12/15 rue des Grandes écoles, 86000 Poitiers.