mardi 18 juillet 2017

MANX : Journal de bord - Semaines 35 à 40

Cet article fait partie de la série "MANX: Journal de bord" qui se propose de suivre de façon hebdomadaire l'écriture de mon nouveau roman depuis les premières prises de notes jusqu'à l'impression du livre dans... plusieurs mois !  Article précédent : Journal de bord (31-34)

Phase 12 - En route pour la fin
Alors voilà. La quatrième version de "MANX" est terminée depuis le 14 juillet. J'avoue je n'ai pas été très productif pendant les deux premières semaines de juin et j'ai mis 6 semaines au lieu des 4 prévues pour produire cette v4. Mais qu'importe, ça y est, elle est finie. J'avais établi une synthèse des éléments à corriger à la lumière de certains retours des béta-lecteurs. Je n'ai pas incorporé toutes les suggestions de ces derniers (non Mathieu, je n'ai pas sabré le dernier chapitre par exemple :)) mais j'ai tout de même tenu compte des remarques qui se recoupaient. Exactement comme je l'avais fait pour "Brûler à Black Rock". J'ai également modifié quelques éléments que j'avais moi-même notés durant l'écriture de la v3 (un personnage pas assez creusé à développer, une scène trop longue, un personnage qui ne sert à rien...). Je pense que cette v4 est plus équilibrée donc même si je suis un peu déçu de ne pas avoir amaigri le roman : 656 000 signes contre 610 000 de la 3ème version.

Mais cela peut/va changer puisque comme vous vous en doutiez, après la 4ème version viendra la... 5ème version. Mais là ça va être beaucoup plus soft en terme de modifications. 
Je vais prendre quelques jours de congés et profiter de ce petit break pour corriger l'épreuve manuscrite de cette v4. Le fond a déjà été corrigé, il s'agira maintenant de corriger uniquement la forme, ce qui sera plus rapide. Je ne garantis pas de réduire de façon drastique ce roman mais je vais essayer d'aller à l'essentiel et de supprimer tout passage inutile (pas facile tant j'ai tendance à me répandre mais je sais que c'est mal). 
D'ici deux ou trois semaines je pense que j'aurai fini de relire et de corriger cette v4 et la v5, la quasi définitive, sera prête. Il ne restera plus qu'à refaire une dernière correction orthographique et je pourrai me plonger dans le processus de publication sur la deuxième quinzaine d'août. Ce nouveau roman sera donc disponible dès la première semaine de septembre. J'ai trouvé le titre définitif mais je réserve la surprise pour la prochaine fois !  

Sinon, j'ai profité du long week-end du 14 juillet pour corriger également la version imprimée de "Waterloo en maillot de bain" qui souffrait de quelques coquilles. Je mettrai à profit le mois d'août pour republier une version expurgée de celles-ci. 
Et je pourrai donc me plonger dans de nouveaux projets dès le début du mois de Septembre, et j'ai beaucoup de projets ! Sur ce, bon été à tous ! 

lundi 17 juillet 2017

L'extrait du... 17 juillet


J'ai trouvé cet extrait d'une interview de l'immense Jim Harrison qui date de la première élection d'Obama. Je n'ai pas la date exacte ni la référence d'où elle a été tirée mais j'aime son ton, sa clairvoyance et sa simplicité. 
Je vais bientôt me plonger dans un nouveau pavé de cet auteur que j'aime énormément, à l'occasion de la lecture de "Dalva". Et je n'aurai de cesse que d'encourager tout le monde à lire et à relire Jim Harrison. Je vous dois d'ailleurs une chronique de l'extraordinaire "De Marquette à Veracruz" lu il y a quelques semaines. Il me faut juste trouver le temps de l'écrire avec le soin que mérite cet extraordinaire bouquin...
"Aux Etats-Unis, nous en sommes au point où chaque Américain intelligent a été contraint de devenir le proctologue de l'anus putrescent du capitalisme effréné. C'est assez désagréable, d'autant que notre gouvernement nous a complètement lâchés. Nous avons été violés par la classe de nos dirigeants, et toute la communauté financière a manifesté le même sens moral qu'un cartel de la drogue mexicain.
(...)
George Bush, qui n'a jamais rien accompli sinon au service de sa propre classe, a commencé une guerre pour des raisons largement imaginaires, mais aussi en partie pour montrer à son père comment on s'y prend. C'est la crise oedipienne la plus coûteuse de tous les temps. Bush est sincèrement sidéré d'apprendre que les bombes intelligentes se révèlent à l'usage l'être beaucoup moins que les attentats à la voiture piégée. Même après Abou Ghraib, il s'étonne que le monde arabe ne nous aime pas. Bush et les autres escrocs de bas étage de notre gouvernement proposent 750 milliards de dollars pour renflouer la communauté financière, mais rien pour la sécurité sociale des enfants démunis.

(...)
Bien sûr, je suis poète et romancier, mais pas économiste ni l'un de nos innombrables nababs des médias qui pensent apparemment que parler, c'est penser. J'ai aussi remarqué que les politiciens n'aiment pas la bonne cuisine, car ils passent un temps fou à chier par la bouche.

(...)
Contrairement à la plupart d'entre nous autres, les proctologues amateurs, je ne reproche pas tout aux financiers et au Congrès. Je situe l'origine du désastre actuel dans notre système d'enseignement pourri et paresseux. Alors que je faisais des recherches pour écrire une longue nouvelle, j'ai récemment découvert qu'un pourcentage infime de nos étudiants, 10% au mieux, a une petite idée de l'endroit où ils se situent historiquement, géographiquement, géologiquement ou du point de vue de la botanique. Les adultes sont seulement des produits à peine améliorés du même système d'enseignement. Les gens âgés en savent davantage, car ils ont eu droit à un meilleur système. Les crétins étant incapables de reconnaître leurs semblables, ils ont voté deux fois pour George Bush et ses sbires. Les médias, pour la plupart méprisables, n'ont guère été d'une grande aide, car, jugeant la réalité tout à fait insupportable, ils font des pieds et des mains pour s'en tenir aux faits périphériques. Les médias en général se sont contentés de lécher les bottes des méprisables nouveaux riches qui, sans vergogne, nous dépouillaient de tout.

(...)
Vers quelles consolations pourrais-je donc me tourner en ces temps de détresse, sinon vers le côtes-du-rhône, avec un petit verre de vodka en prime, sans oublier un peu d'antique poésie chinoise chaque matin, où nous autres humains sommes toujours présentés comme les victimes de nos dirigeants ? Bizarrement, je ne me suis pas vraiment soucié d'avoir perdu une bonne partie de l'argent mis de côté pour ma retraite. L'insécurité ne me menace pas, car je ne me suis jamais senti en sécurité. Je pourrais toujours prendre ma retraite en allant au crématorium. Bonne chance à vous, camarades proctologues ! J'avoue avoir dernièrement beaucoup parlé à mes chiens. Les chiens comprennent le monde grâce au langage des odeurs et les miens m'ont déclaré qu'il régnait dans tout le pays une affreuse pestilence qu'il fallait éradiquer."


Jim Harrison

dimanche 16 juillet 2017

Lecture : Emmanuel Carrère - Je suis vivant et vous êtes morts

Emmanuel Carrère a écrit en 1993 une biographie romancée de l'écrivain de SF Philip K.Dick. Une période de sa vie où Carrère a déjà plus ou moins consciemment entamé le virage de la fin de la fiction. La quasi totalité de sa production romancée est derrière lui, il n'écrira plus que "La classe de neige" en 1995, se consacrant ensuite à des récits, articles, essais sortant de la fiction pure.

Dans "Je suis vivant et vous êtes morts", titre très Dickien, Carrère alterne les éléments de la biographie de l'auteur de "Ubik" avec des interprétations personnelles. 
Pas de révélation fracassante à attendre toutefois, ceux qui ont déjà lu d'autres biographies de Dick, notamment celle de Lawrence Sutin, n'y apprendront pas grand chose. 
Quant à ceux qui ne s'intéressent pas à Dick, ce n'est pas en lisant cette biographie qu'ils vont s'y mettre. 

Car passée la première moitié du bouquin, plutôt alerte et accrocheuse, Carrère nous ressert ad nauseum les obsessions psychiques et les névroses sans fin d'un auteur dont la vie tourne à vide. Sans compter que les interprétations et les commentaires de Carrère qui parsèment cette biographie m'ont rapidement lassé. Certains écrivains ont une une vie passionnante et ont produit une oeuvre terne, pour d'autres ce fut le contraire. Avec Dick, clairement on se situe dans la seconde catégorie. Dès lors, à moins d'être fan de Dick (ou de Carrère!) cette biographie ne présente pas un grand intérêt.  

Emmanuel Carrère - Je suis vivant et vous êtes morts (Points), 
432 pages, 7.95€

lundi 10 juillet 2017

L'extrait du... 10 juillet


"Pas un seul visiteur du matin ne regarde la ville autrement qu'à travers son appareil. La vie est un Photomaton. La mémoire des hommes serait-elle devenue à ce point défaillante qu'il faille archiver chaque instant ? Ainsi des voyages modernes: on traverse le monde pour prendre une photo. Il n'y aura plus de récits de voyage, seulement des cartes postales. (...)
Qu'a fait de mal le monde pour qu'on tire des écrans sur lui ? Seuls les enfants, les vieillards et les oiseaux regardent la vue de leurs pleins yeux. Ce sont les derniers êtres à qui il restera des souvenirs."


Sylvain Tesson - Une très légère oscillation (Les équateurs)

dimanche 9 juillet 2017

L'extrait du... 9 juillet


"Pour les Pyramides, ce qu’elles offrent surtout d’étonnant, c’est qu’on ait pu trouver tant d’hommes assez avilis pour passer leur vie à la construction d’une tombe destinée à quelque imbécile ambitieux, qu’il eût été plus sage et plus mâle de noyer dans le Nil pour ensuite livrer son corps aux chiens."

Henry David Thoreau - Walden ou la vie dans les bois 
(Gallimard, traduction Louis Fabulet)

jeudi 6 juillet 2017

Soutien aux libraires indépendants

Alors certes, on ne va pas ruiner Amazon et faire disparaitre des radars de l' "économie globale" (un terme très démago qui rime avec "dilatation anale") ce géant de la distribution. Je crains au contraire que la boite américaine ne prenne de plus en plus d'importance et de pouvoir au fil des années qui arrivent. Déjà plus riche que de nombreux pays du monde, Amazon finira certainement un jour par être l'unique entreprise du monde dont nous serons tous les esclaves. 
Néanmoins, il convient de souligner les initiatives des libraires indépendants qui se bougent pour tenter au moins de survivre. Certains se battent pour la sauvegarde des nénuphars d'Amazonie, d'autres pour la survie des coléoptères d'Asie, d'autres encore plus près de chez nous pour qu'on arrête d'abandonner des clébards au début des vacances. Moi mon truc c'est la survie des librairies indépendantes. Oh je n'en fais certes pas un combat, je manque de pugnacité et je suis trop pacifiste pour cela. Mais quand même, quand je vois que pour la première fois, 700 libraires français se mettent d'accord pour proposer sur un seul site de partager leurs fonds, ça prouve que tout n'est pas encore foutu. Et qu'on ne va pas s'enduire nous-mêmes de gel en attendant que Jeff Bezos sorte son bazooka orange pour nous refaire. 
4000 ouvrages des fonds de ces 700 libraires sont donc depuis fin juin disponibles à la commande ou proposés directement dans les stocks de ces libraires sur le site Libraires Indépendantes

Alors oui, je vous vois venir : souvent les bouquins sont proposés à la commande ou dans une librairie à 500 km de chez moi... Ou bien le site n'est pas sexy... So what ? Est-on si pressé que ça de lire un bouquin ? Ne peut-on attendre deux ou trois jours de plus si on en profite pour aller retirer son bouquin dans une vraie librairie avec à l'intérieur des vrais gens ? Ces mêmes gens qui aiment la même chose, à savoir la littérature, et qui sont toujours disponibles pour en parler. Parce que comme tout le monde le sait, la raison d'être de la littérature se trouve bien dans cette assertion simple mais tellement exacte : "parce que la vie ne suffit pas". 
Je recours moi-même à ce site depuis la fin du mois de juin pour trouver quelques bouquins que je ne suis pas forcément pressé de lire et qui ne justifient donc en rien de s'adonner à la paresse intellectuelle et physique consistant à se rendre sur Amazon. De toute façon je boycotte Amazon depuis deux ans.

J'en profite pour vous recommander de profiter de vos vacances d'été pour prendre le temps d'aller visiter les libraires indépendants de vos lieux de villégiature. Acheter un ou deux livres de poche chez eux, ça n'engage pas à grand chose mais pour la sauvegarde de l'esprit indépendant, c'est déjà pas mal.

mercredi 5 juillet 2017

Lecture : Julian Barnes - La table citron

Julian Barnes fait partie de ces auteurs britanniques nés pendant la seconde guerre mondiale qui se sont taillés un joli succès libraire en s'appuyant sur la publicité apportée par un prix régulier (un Médicis par là, un Fémina par ici) et qui à soixante-dix ans se retrouve à la tête d'une bibliographie replète autant dans le roman que dans l'essai, le récit ou la nouvelle. On ne peut décemment pas détester un tel profil, mais la question que je me pose est : peut-on s'en féliciter ? Encore que, entre nous, on s'en fout pas mal.
Il y a longtemps, dans une autre vie où j'avais mis mon activité d'auteur en pause pour devenir lecteur à plein temps, j'avais lu "Metroland" le premier roman de l'auteur publié au tout début des années 80. J'ai totalement oublié de quoi il s'agit mais j'en ai gardé un bon souvenir.
J'ai l'image, à juste titre ou non on parle de subjectivité totale, d'un auteur académique et sérieux, amoureux de littérature française classique et très... britannique. Ayant retrouvé un livre de Barnes à l'occasion d'un séjour printanier récent dans la maison familiale, j'ai donc lu "La table citron", recueil de onze nouvelles publié en VF au Mercure de France.

Quatrième de couverture : "Précisons d’emblée qu’il n’y a dans aucune des merveilleuses nouvelles qui composent ce livre de table avec un citron dessus, de table en bois de citronnier, ou de table peinte en jaune. Non. En Chine, nous apprend Julian Barnes, le citron symbolise la vieillesse, et la table citron est celle autour de laquelle on se réunit pour parler.
Sinistre ? Pas du tout. Il y a du Tchekhov dans ce livre-là — la délicatesse, la tendresse, la retenue — et du Gogol — la dérision, le trait à l’emporte-pièce — plus l’humour inimitable de Julian Barnes.
Onze merveilles, donc, ciselées, ourlées, entre lesquelles on aurait bien du mal à faire un choix. Il y a celle qui met en scène Tourgueniev vieillissant et la très jeune Maria Savina dont il est amoureux. Que s’est-il donc passé (l’anecdote est authentique) pendant le court voyage en train qu’ils ont fait ensemble ?
Il y a l’histoire de l’officier à la retraite qui vient depuis vingt ans à Londres et qui en profite chaque fois pour rendre visite à la même prostituée. Mais un jour, il va devoir réaliser que le temps a passé.
Et puis peut-être la plus émouvante — en même temps celle qui fait rire le lecteur — « La cage à fruits », où un fils découvre avec stupeur que ses parents âgés de 81 et 80 ans se séparent parce que son père a une maîtresse avec laquelle il emménage parce que sa femme le battait."

Ce recueil de nouvelles n'est pas des plus réjouissants. Il s'agit d'une déclinaison sur le thème de la vieillesse et de la mort, sujets qui ne sont pas réputés pour la joie qu'ils procurent. Comme dans tout recueil de nouvelles, certaines toucheront davantage tel ou tel lecteur, car le ton n'y est pas toujours le même, parfois Barnes se montre plus enjoué, ou plus féroce. J'ai particulièrement aimé la nouvelle qui met en scène cet officier en retraite qui va voir la même prostituée depuis vingt ans pour la vision décalée et tragi-comique qu'elle révèle. Certaines autres nouvelles ne m'ont guère intéressé, j'ai parfois du me forcer pour aller au bout, déçu par le ton pessimiste de Barnes et des situations qui n'ont rien évoqué en moi. Certes l'élégance britannique est toujours là, c'est d'ailleurs ce qui sauve certains textes plus faibles de la farce sinistre. Mais ça ne m'a pas donné vraiment envie de poursuivre l'aventure sur d'autres nouvelles de l'auteur. J'y reviendrai sûrement à l'occasion d'un texte plus long et doté d'un ton moins déprimant.

Julian Barnes - La table citron, Mercure de France, 256 pages, 17 €