vendredi 28 octobre 2016

La citation du... 28 Octobre

On inaugure une nouvelle catégorie de billets.
Concept hyper simpliste, que même les admirateurs d'Emmanuel Macron ou d'Alain Juppé pourraient comprendre...
Une citation, une tronche, un auteur ! 


jeudi 27 octobre 2016

Zulma Femina

On va commencer par tomber le masque. Non, je n'ai pas (encore) lu "Le garçon", le roman de Marcus Malte qui vient d'obtenir le prix Femina. Et non, je n'ai pas retourné ma veste depuis la semaine dernière; je continue d'observer le pathétique spectacle de ces auto-congratulations parisiennes avec un mépris teinté de provincialisme certes arriéré mais qui chuinte de bon sens populaire. Celui que raillent les hordes de bobos imbus de leurs petites personnes. Les mêmes qui biberonnent les logorrhées de nos énarques pour gonfler les voiles de leurs convictions étriquées avec du courage bon marché. Bon, je m'égare... 
Bref, je voulais simplement remarquer que le Femina n'a pas été donné à Grasset, Gallimard ou un autre de ces "grands" éditeurs qui verrouillent ces prix d'automne depuis des dizaines d'annéesEn donnant le prix à l'éditeur Zulma, le jury du prix Femina a fait un pas dans la démocratisation du palmarès et son ouverture aux autres acteurs de l'édition traditionnelle. 

Alors certes, ça ne change en rien la question de l'intérêt de ces concours de bonnes notes qui agite le petit monde littéraire parisien qui pue le renfermé. Mais quand même, ça donne à espérer. 
Et ça ne change pas non plus le fond de la question : ce bouquin de Marcus Malte vaut-il le coup ? Ne l'ayant pas lu, je ne me prononcerai pas... mais je pense que pour une fois je me laisserai tenter. 
J'avais repéré ce bouquin lors de mon article annonçant la sélection du Femina, en faisant même mon favori. Certes c'était pour une raison tout à fait exotique et peu en rapport avec le critère principal de ce genre d'exercice qui devrait être la seule qualité du livre. Juste parce que Zulma fait de beaux livre. Et qu'ils rééditent William Saroyan. 

mercredi 26 octobre 2016

Lecture : Dan Fante - Limousines blanches...

Il y a onze mois de cela, Daniel Smart Fante, plus communément appelé Dan Fante a rejoint son célèbre et encombrant père l'écrivain et scénariste John Fante dans le monde qui commence après la fin. 
La plupart des lecteurs ne le liront jamais. J'avoue que s'il n'avait pas été le fils de son illustre père, pas sûr que j'aurais franchi le pas il y a bientôt vingt ans. 
Comme j'en parlais ici même il y a peu, la vie de Dan Fante n'a pas été un long fleuve tranquille. Reconnu sur le tard, il a publié cinq romans, un recueil de nouvelles et deux recueils de poésie entre 1998 et 2014.
Les quatre romans de son cycle ayant pour personnage principal Bruno Dante sont ses bouquins les plus connus. Ils peuvent se lire dans n'importe quel ordre, j'indique ici l'ordre de publication chronologique aux USA : 
  • Chump Change - 1998  (en VF : "Les anges n'ont rien dans les poches")
  • Mooch - 2001 (en VF : "La tête hors de l'eau")
  • Spitting off tall buildings - 2002 (en VF : "En crachant du haut des buildings")
  • 86'd - 2010 (en VF : "Limousines blanches et blondes platine")

Avec la lecture de "Limousines blanches et blondes platine", je termine ce cycle que j'avais entamé à la fin des années 90. 
Le narrateur au plus bas dans sa vie, décroche un emploi de conducteur de maître dans une société de limousines de Los Angeles. Un boulot comme une bouée de sauvetage pour un type revenu de tout et qui tente de se sauver de son alcoolisme morbide.
Premier Extrait : « Être chauffeur de limousine à L.A. est une drôle de façon de gagner sa vie. Un peu comme de bouffer de la merde au cul d’un chien, pour faire plaisir à Dieu le Père. La clientèle de Dav-Ko L.A. était principalement constituée d’oiseaux de nuit et autres zombies : riches producteurs suramphétaminés ou jeunes stars du rock aussi cons que gâtés, rappeurs style gangsta avec le flingue enfoncé dans le calbute, anciens acteurs alcooliques privés de permis, et une tripotée de frimeurs pétés de thune. Des êtres humains incarnant les pires travers de L.A. : un ego surdimensionné et beaucoup trop de blé. »

L'histoire de ce Bruno Dante, looser impénitent, alcoolique qui ne crache pas sur les cachetons, a certes un peu tendance à se répéter. La magie de la découverte du premier tome s'est effacé et avec elle l'effet de nouveauté s'est émoussé. A force d'explorer ce personnage qui n'est jamais qu'une projection vaguement fictionnelle de l'homme qu'a été Dan Fante, l'écrivain tombe dans la caricature. Alors ce n'est pas mauvais mais s'il a attendu huit ans entre le troisième et le quatrième tome, c'est peut être parce qu'il n'avait plus grand chose à raconter. 
Second extrait : « J'ai travaillé avec quatre types qui se sont suicidés, sobres. Quatre types comme moi. Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? Je suis un mec qui veut y arriver – faire des trucs bien – mais j'y arrive pas. Pourquoi j'en veux toujours à mon patron et pourquoi je fais peur aux mômes ? Pourquoi, après des années d'abstinence, je continue à péter la gueule des mecs qui me font des queues-de-poisson sur la route ? »

Toutefois, comme toujours en lisant les aventures alcooliques du paumé Bruno Dante, et sachant que c'est l'histoire même de Dan Fante à peine romancée, on ne peut s'empêcher de ressentir une empathie pour ce personnage. C'est d'ailleurs là que se situe la principale force d'attraction de ces romans. Dans la façon qu'ils ont de nous faire interroger sur nos propres failles, en se projetant à la place du personnage principal et en s'étonnant de ses réactions parfois étonnantes. Comme si Bruno (ou Dan) cherchait à aller au fond du caniveau, à plonger au plus profond de la misère pour y trouver une réponse qui lui échappe. Celle de sa place dans une vie coincée entre sa propre folie et l'absence d'un père qui de son vivant fut trop écrasant. 

mardi 25 octobre 2016

Atrabile et Poe

Si l'on en croit Wikipedia : 
"L'atrabile, encore appelée mélancolie ou bile noire, est un liquide froid et sec (contrairement à la pituite, froide et humide). Ce fluide considéré dans la médecine antique et sa théorie des humeurs comme étant la cause de la mélancolie et de l'hypocondrie est hypothétique.
Pour les anciens, la physiologie reposait sur 4 humeurs :
- le sang : venant du cœur (caractère jovial, chaleureux)
- la pituite ou flegme : rattachée au cerveau (caractère flegmatique)
- la bile jaune : venant du foie (caractère anxieux)
- l'atrabile ou bile noire : venant de la rate (caractère mélancolique)".

Je suis fatigué de toutes ces couleurs. Et ce matin j'ai plutôt envie de me souvenir d'Edgar Allan Poe et notamment des quatre conditions élémentaires du bonheur qu'il a ainsi énoncées : 
- Vivre en plein air
- Avoir un grand amour
- Ne nourrir aucune ambition
- Pratiquer une activité artistique
Saint Chinian (Hérault) : Retour au pays natal

lundi 24 octobre 2016

MANX : Journal de bord - Semaine 7

Cet article fait partie de la série "MANX: Journal de bord" qui se propose de suivre de façon hebdomadaire l'écriture de mon nouveau roman depuis les premières prises de notes jusqu'à l'impression du livre dans... plusieurs mois :)  Article précédent : Journal de bord (6)

Phase 4 - Le premier jet (semaine 3)
Où l'écriture prouve une fois de plus son caractère difficilement apprivoisable, quand elle se montre rétive et une école de la résistance. Cette semaine a été amputée d'une journée pour cause d'obligations familiales. Il s'agit de ma première journée blanche depuis le début de l'écriture du premier jet le 3 octobre et je l'ai plutôt mal vécu. Mais qu'importe ! 
J'ai néanmoins pris ma vitesse de croisière qui s'établit à une moyenne de 5 feuillets recto verso par jour ce qui donne pour une semaine environ 50 pages d'un livre de poche. Après cette vingtaine de jours, me voilà donc avec un manuscrit d'un peu plus de 150 pages mais à peine le tiers de l'histoire écrite. J'essaye d'appliquer ce que j'ai lu chez plusieurs écrivains renommés (certains étant même passés du côté des immortels!) consistant à écrire rapidement un gros premier jet pour ensuite écrire lentement un roman court. Voilà, mon plan de bataille est éventé. Jusqu'à la fin de l'année 2016, rush total et écriture frénétique sans se soucier de rien ou presque (en suivant vaguement le fil conducteur de mon plan, tout de même...). Et ensuite on arrêtera les compteurs et on reprendra tout à zéro pour écrire doucement et essayer de faire quelque chose d'acceptable. 
Aussi, cette semaine, il m'est arrivé plusieurs fois après une séance de cinq pages de me rendre compte que 90% de ce que je venais d'écrire ne me serait d'aucune utilité pour le futur roman définitif. Mais qu'importe, les 10% qui restent valent le coup de ce gâchis d'encre. C'est la première fois que je m'essaye à cette méthode, on verra bien ce que ça donnera à la fin. Je veux arriver à être précis et concis sans sacrifier à une certaine esthétique efficace. En un mot, le roman final devra être bref... la quadrature du cercle, ce qui est le plus difficile à atteindre en écriture. Mais c'est encore trop tôt pour penser à tout cela, après trois semaines d'écriture d'un premier jet touffu à souhait, il est encore tant de planter les graines et d'arroser, la machette ce sera pour 2017. 

vendredi 21 octobre 2016

Qui aime bien châtie bien

Pour les adeptes de courbettes et autres succions buccales à orientation vaguement littéraires, je vous soumets un récapitulatif des principales dernières sélections connues des sept prix littéraires majeurs français dont les palmarès vont bientôt être révélés. De mon point de vue, à part un titre dont j'avais lu le premier chapitre en prépublication dans LIRE, pas grand chose ne m'attire. Et ce n'est sûrement pas le bandeau rouge qui sera apposé sur la couverture des différents lauréats qui me poussera à les lire. 
Mais dans un raisonnement perturbé qui s’essouffle à l'intérieur de mon esprit ouvert aux quatre vents, je me dis qu'il vaut mieux pousser les gens à lire un bouquin sorti de ces concours de flagorneries plutôt que de ne rien lire. Enfin, je crois... Là tout de suite, en écrivant cela, et pour avoir feuilleté quelques pages de certains de ces bouquins, je n'en suis plus vraiment sûr. Peut-être que justement il vaudrait mieux aller boire un canon avec des potes ou même aller aux putes.
Enfin, à toutes fins utiles ou non, voici le récapitulatif. Faites vos jeux et buvez un coup à la santé du patron. Et on a aussi le droit de penser que ça nous en touche une sans faire bouger l'autre (Jacques si tu nous reçois dans ton bloc de béton des grands boulevards...).
Prix Fémina (Proclamation le 25/10)
- Nathacha Appanah, "Tropique de la violence" (Gallimard)
- Luc Lang, "Au commencement du septième jour" (Stock)
- Marcus Malte, "Le garçon" (Zulma)
- Laurent Mauvignier, "Continuer" (Minuit)
- Thierry Vila, "Le cri" (Grasset)

Prix de l'Académie Française (Proclamation le 27/10)
- Adélaïde de Clermont-Tonnerre, "Le dernier des nôtres" (Grasset)
- Benoît Duteurtre, "Livre pour adultes" (Gallimard)
- Sylvain Prudhomme, "Légende" (Gallimard)

Prix Médicis (Proclamation le 02/11)
- Nathacha Appanah, "Tropique de la violence" (Gallimard)
- Stéphane Audeguy, "Histoire du lion Personne" (Seuil)
- Nicolas Idier, "Nouvelle jeunesse" (Gallimard)
- Ivan Jablonka, "Laëtitia ou la fin des hommes" (Seuil)
- Denis Michelis, "Le bon fils" (Notabilia)
- Céline Minard, "Le grand jeu" (Rivages)
- Arnaud Sagnard, "Bronson" (Stock)

Prix Renaudot (Proclamation le 03/11)
- Adélaïde de Clermont-Tonnerre, "Le dernier des nôtres" (Grasset)
- Gaël Faye, "Petit pays" (Grasset)
- Régis Jauffren, "Cannibales" (Le Seuil)
- Serge Joncour, "Repose-toi sur moi" (Flammarion)
- Simon Liberati, "California girls" (Grasset)
- Laurent Mauvignier,"Continuer" (Minuit)
- Yasmina Reza, "Babylone" (Flammarion)
- Leïla Slimani, "Chanson douce" (Gallimard)

Prix Goncourt (Proclamation le 03/11)
- Catherine Cusset, "L'Autre qu'on adorait" (Gallimard)
- Jean-Baptiste Del Amo, "Règne animal" (Gallimard)
- Jean-Paul Dubois, "La Succession" (L'Olivier)
- Gaël Faye, "Petit Pays" (Grasset)
- Frédéric Gros, "Les Possédées" (Albin Michel)
- Régis Jauffret, "Cannibales" (Seuil)
- Luc Lang, "Au commencement du septième jour" (Stock)
- Leïla Slimani, "Chanson Douce" (Gallimard)

Prix Interallié (Proclamation le 08/11)
- Paul Baldenberger, "A la place du mort" (Les Equateurs)
- Adélaïde de Clermont-Tonnerre, "Le dernier des nôtres" (Grasset)
- Benoît Duteurtre, "Livre pour adultes" (Gallimard)
- Gaël Faye, "Petit pays" (Grasset)
- Serge Joncour, "Repose-toi sur moi" (Flammarion)
- Eric Vuillard, "14 Juillet" (Actes Sud)

Prix de Flore (Proclamation le 08/11)
- Boris Bergmann, "Déserteur" (Calmann-Lévy)
- Cédric Gras, "Anthracite" (Stock)
- Joann Sfar, "Comment tu parles de ton père" (Albin Michel)
- Leila Slimani, "Chanson douce" (Gallimard)
- Nina Yargekov, "Double nationalité" (P.O.L.)

Appuyer sur le bouton

Faudrait sûrement appuyer sur le bouton. Ou plutôt sur les boutons. Pour faire taire ce bruit de fond insupportable des médias hystériques pilotés par des actionnaires putassiers et livrés à des chroniqueurs serviles et haineux. Pas un jour ne passe sans que l'on soit agressé par leurs slogans dans l'air du temps, à grands coups de messages sur tous les supports où nous traînons l'ennui de ces interstices de temps saucissonnés par le miracle du/de la/des RTT. 
Entre les prochaines échéances électorales risibles et grotesques de notre minuscule pays au nombril galactique, et celles de ce grand pays qu'on appelle les USA et rempli d'immigrés qui l'ont oublié, difficile de garder la patate.
Contre l'absurdité du quotidien et n'ayant pas encore trouvé le moyen d'appuyer sur le bouton rouge qui éteindra pour de bon tout ce vaste foutoir, il nous reste le rêve littéraire. Je radote mais quand on a trouvé un moyen de survivre, on s'y raccroche avec tout ce qu'on a de couilles et de cœur.

Même si j'éprouve un certain ressentiment pour l'Amérique de Wall Street et son libéralisme sauvage et inhumain, je ne peux m'empêcher d'être attiré comme un aimant par les perspectives des grands espaces qui ont inspiré quelques uns de mes livres de chevet et la majorité des mes auteurs favoris. 
Alors ce matin pour vous aérer l'esprit et appuyer sur un bouton qui ne coûte pas cher mais qui fait son effet, je vous conseille deux excellents bouquins en provenance de l'autre côté de la grande flaque : 

Un homme sans patrie de Kurt Vonnegut (traduit par Pierre Guglielmina chez Denoël). J'ai acheté ce bouquin il y a près de dix ans dans une librairie lyonnaise qui n'existe plus mais qu'importe, il faudra que je le relise. Dans ce livre qui relève du pamphlet, Vonnegut décrit une Amérique devenue complètement tarée à force de suivre les prérogatives de Washington. C'est brillant et acerbe comme il faut. Et à un mois des élections prochaines d'une folle va-t-en-guerre ou d'un raciste peroxydé, c'est plus que jamais nécessaire à lire. 

Une odysée américaine de Jim Harrison (traduit par Brice Matthieussent chez Flammarion). J'ai relu au printemps dernier ce livre brillant d'un auteur hélas disparu mais qui hantera à coup sûr encore longtemps les étagères de nos bibliothèques. Big Jim livre dans ce road movie une histoire brillante d'un homme amoureux de la vie qui part s'y confronter en traversant son pays. C'est, je l'avoue, à cause de livres tels que celui-ci que j'ai eu envie d'écrire "Brûler à Black Rock", en essayant de cacher au plus profond un bout de déception de n'être pas né américain pour moi aussi pouvoir vivre dans un road-movie débridé. 

Alors en attendant vous aussi une éventuelle autre vie, lisez-donc ces deux bouquins ! 


mercredi 19 octobre 2016

Passeurs d'espoir

Ce n'est pas nouveau, les libraires sont des passeurs d'espoir. En cas de besoin, me planter devant la vitrine d'une librairie suffit à me redonner le sourire. Et si par bonheur j'ai une heure devant moi (ce qui arrive hélas rarement) me pointer à l'intérieur et faire le tour des étagères d'une librairie me met en joie. Tous ces bouquins qui s'empilent et qui nous appellent, ça donne du sens au quotidien, comme des promesses de lendemains enchantés.

J'ai raté ma vocation. J'aurais du être libraire mais voilà, j'ai pas eu les tripes. Alors à défaut aujourd'hui je me contente d'entrer régulièrement dans les librairies et souvent j'en ressors avec de quoi entretenir l'espoir plus loin encore sur la courbe de mon petit monde.

Petit cliché de la moisson de mon passage au rayon des occasions de la librairie Gibert à Lyon vendredi dernier : 

mardi 18 octobre 2016

Rions un peu avec les prix littéraires

D'aucuns diront que je suis chafouin. Hé ! Je prendrai ça pour un compliment ! Alors, en pleine période de bisou et révérences réciproques, courbettes et retours d'ascenseurs, les jurys des prix littéraires sont de tous les combats (de salon). Les listes des prix les plus courus se réduisent actuellement par la proclamation des secondes sélections qui voient certains titres disparaître de la compétition. Ceci par un phénomène d'entonnoir duquel, d'ici quelques jours ou semaines, sortiront les vainqueurs et sur les livres desquels les bandeaux rouges signaleront aux lecteurs bovins qu'il faut acheter ce livre-là, et pas un autre. Vaste mascarade et pantalonnade associée. 

Non en fait le plus drôle c'est le prix du style. Car oui, il existe un prix du Style (avec un S majuscule comme Superman) qui a - je cite - "vocation à récompenser, pour sa qualité stylistique, un livre écrit par un auteur vivant, d'expression francophone, paru dans l'année écoulée". Ah ben oui, le prix du Style s'intéresse à "la qualité stylistique", on s'en serait pas douté tiens ! Mais alors c'est quoi le style hein ? Ben ça on le saura pas, dommage. Le palmarès de ce prix est en lien sur le site du prix

Mais là où c'est le plus drôle, là où l'absurdité du monde prouve une nouvelle fois sa toute puissance sur nos vies aux épaules en pâte à mâcher, c'est quand on apprend que le jury de ce prix du Style vient d'accueillir... Marc Lévy. Oui, oui, Marc Lévy. Pour ceux qui n'auraient pas lu quelques lignes de cet auteur, un rapide tour sur ce florilège de citations de ce champion du box office permettra de comprendre toute l'ironie de cette sélection. 
Je ne résiste pas au plaisir pervers de signaler quelques perles puisées dans cette anthologie du Style : 
- "Le temps ferme toutes les blessures, même s'il ne nous épargne pas quelques cicatrices".
- "A écouter mon cœur tambouriner dans ma poitrine, je me suis dit qu'on pouvait peut-être mourir d'un baiser".
- "Tu vois, en amitié on ne passe pas devant le maire, alors il n'y a pas vraiment de date anniversaire ; mais ça peut quand même durer toute une vie puisqu'on s'est choisis".
Bon, j'arrête ici, vous avez compris le topo. Une fois ou deux ça passe mais quand on en tartine des bouquins entiers... Allez, j'arrête aussi, il ne faut pas tirer sur l'ambulance, c'est mal. Mes petits yeux rieurs de chafouin en guenilles vont finir par s'humidifier devant tant d'émotion. Ah bon sang ce que c'est c'est bon de rire, alors vraiment merci le prix du Style ! 

lundi 17 octobre 2016

Lecture : Ernest Hemingway - Nouvelles Complètes

Avant toute chose, il me semble important de préciser que je ne me considère absolument pas un bon critique. J'aime ou je n'aime pas une oeuvre, qu'elle soit littéraire ou artistique sans ressentir le besoin d'en faire des tonnes et de plonger dans l'analyse à outrance. Je fais partie de ceux qui ressentent les choses et qui, parfois, les vivent sans chercher à tout expliquer. 
Ceci étant dit, je dois avouer que la production d'Ernest Hemingway m'intrigue. Difficile d'envisager de causer de cet auteur mythique élevé au rang de génie par certains enthousiastes dithyrambiques sans se retrouver plombé par les discours cent fois rabattus et les lieux communs. 
Auteur engagé, chantre de la "lost generation", homme à femmes, icône encombrante de la littérature mondiale, symbole de toutes les luttes, il cristallise tout et son contraire. Mais lorsqu'on commence à gratter le vernis apparent que reste t-il de l'écrivain ? 
Six romans... C'est relativement peu - même si Ernest a choisi de casser sa pipe à 62 ans seulement. Mais six romans sur lesquels il me semble que l'on a bâti un mythe un peu disproportionné. Alors certes, enfant j'ai adoré lire "Le vieil homme et la mer" qui a constitué l'un des livres fondateurs de mon goût de la lecture. Toutefois j'ai plutôt boudé ses autres romans écrits au sommet de sa gloire, sans que je sois capable d'en fournir une explication rationnelle, souvent vaincu par l'hyper réalisme que je trouvais barbant et attendu. Comme si Hemingway s'efforçait à faire du Hemingway. 

Ce n'est finalement que depuis quelques semaines que mon regard sur l'oeuvre d'Hemingway change et en particulier depuis que je me suis lancé dans la lecture décousue mais régulière de l'énorme volume de ses "Nouvelles Complètes" paru chez Gallimard Quarto et que je viens de terminer ce weekend. Car avant d'être cet écrivain de la violence des hommes (l'alcool, la corrida, le safari...) Hemingway fut journaliste et capable d'écrire des textes courts. L'exercice de la nouvelle se prêtait donc à la perfection à un style incisif et percutant, allant même jusqu'à la spontanéité qui fait défaut à ses romans tardifs. Et il faut admettre que la plupart de ses thèmes de prédilection sont déjà présents dans ces 80 nouvelles. 
On y découvre un auteur percutant et talentueux qui n'a pas encore travesti son style pour faire ce qu'on attend de lui. Dans ces nouvelles, Hemingway sonne vrai et direct, comme ce qu'on peut attendre d'un tel génie de la littérature qui se prête au jeu périlleux et acrobatique de l'art de la nouvelle. La description de la scène de la chasse au lion dans "L'heure triomphale de Francis Macomber" est d'une précision, d'un réalisme et d'une beauté qui me marqueront longtemps. C'est beau et puissant à la fois, d'une efficacité brute et froide. On ne peut que s'incliner devant la maîtrise du bonhomme. 
Dans ce recueil de 1200 pages (excusez du peu), l'intégrale des nouvelles permet de souffler le chaud et le froid. Certains textes sont de véritables pépites alors que d'autres restent plus anecdotiques et s'ils n'avaient été signés d'Hemingway, je doute qu'ils auraient eu l'honneur d'une publication. Mais ça fait partie du jeu, comme dirait l'autre. 

Enfin, on trouvera également dans ce pavé une sélection de lettres qui apportent un éclairage complémentaire et indispensable à la lecture des nouvelles. Sa correspondance ne fait pas partie, à ma connaissance, des correspondances d'auteurs les plus acclamées par les amateurs du genre, mais il n'empêche, elle reste très intéressante. On y découvre en effet l'envers du décor et notamment son rapport à son oeuvre, ses doutes mais surtout ses certitudes. Hemingway y démontre en effet une certaine assurance, plutôt fier et convaincu de la qualité de sa production lorsqu'il écrit à son éditeur. Plus mesuré quand il correspond avec Ezra Pound ou d'autres auteurs de la même époque, il se remet à compter avec frénésie le nombre de mots de chacune de ses nouvelles qu'il souhaite publier lorsqu'il s'adresse à nouveau à son éditeur. On y lit l'obsession de l'auteur pour le nombre de mots de ses textes, et pour ses thèmes de prédilection, la pêche, la tauromachie mais on y trouve aussi des témoignages quasi historiques quand il raconte la guerre en Europe. 
Au final, ce recueil qui alterne le très bon et le moyen reste un bouquin hautement recommandable pour tout amateur de littérature américaine et très instructif pour tout amateur de littérature tout court. Ne serait-ce que pour ces lettres qui apportent un éclairage nouveau sur un nom mythique. 

dimanche 16 octobre 2016

MANX : Journal de bord - Semaine 6

Cet article fait partie de la série "MANX: Journal de bord" qui se propose de suivre de façon hebdomadaire l'écriture de mon nouveau roman depuis les premières prises de notes jusqu'à l'impression du livre dans... plusieurs mois :)  Article précédent : Journal de bord (5)

Phase 4 - Le premier jet (semaine 2)
La deuxième semaine d'écriture du premier jet vient de s'achever. Ce fut une semaine qui a mal démarré avec notamment une journée de lundi où je trouvais absolument vain tout ce que j'écrivais. Vain dans le style, vain dans le but, vain dans la démarche.
Il m'a vraiment fallu prendre sur moi pour ne pas bousiller tout ce que j'avais écrit jusqu'alors. Et puis je me suis dit qu'il fallait aller au bout de ce foutu premier jet, parce que c'est l'objectif numéro un du premier jet. Et qu'il fallait le prendre vraiment comme tel.
Quelques jours plus tard, j'ai donc bouclé la semaine en avançant à peu près correctement, parvenant ce dimanche à écrire la centième page (1500 signes / page) de ce manuscrit. Je suis donc sur une base d'une cinquantaine de pages par semaine environ. Le point positif c'est qu'à ce rythme là j'aurais terminé pour mi-décembre et que donc début janvier, je pourrais me lancer dans l'écriture de la première version propre du roman, après une relecture de ce premier jet pendant les fêtes. Je ne me fais néanmoins pas d'illusion, beaucoup des pages que j'écris en ce moment sont de la pure merde en barre. C'est ainsi. Mais Hemingway lui même ne disait-il pas "Le premier jet de toute chose est de la merde"
J'ai, je pense, trouvé le bon point de vue narratif, ce qui est une bonne chose. 
En prenant ce premier jet pour le brouillon du roman à suivre, je peux déjà noter en marge de mes feuilles ce qu'il faudra revoir, les passages à conserver et ceux à modifier, prenant des notes en prévision de la réécriture. Je m'éloigne aussi un peu du plan que j'ai rédigé pendant la phase préparatoire et ça c'est plutôt une bonne nouvelle : ça prouve qu'il ne me bloque pas mais en le suivant malgré tout dans les grandes lignes, ça prouve que j'y crois toujours et qu'il n'est pas si pourri que cela. Bref, je ponds, je ponds et on verra bien à la fin ce que ça nous donnera avant d'ouvrir le chantier de l'écriture du roman. Car bien entendu il ne sera pas question de corriger ce premier jet mais bien de tout réécrire.

vendredi 14 octobre 2016

La Virevolte est bleue

Au cours de mes trajets quotidiens entre la boite où je travaille et la boite où je dors, je traverse un bout de Lyon (en courant puisque nous n'avons pas le luxe de rester maître de notre temps).
Après avoir enjambé le Rhône et couru sur ce bout de terre triangulaire dont les côtés m'échappent toujours un peu et qu'on appelle ici la Presqu'île, une autre enjambée me fait passer de l'autre côté de la Saône. Là, juste avant d'arriver à la gare SNCF qui me permet de venir à la grande ville et d'en repartir à une fréquence imparable, il y a une librairie. 

Avant, "L'étourdi de Saint Paul" était rouge. Je m'y arrêtais régulièrement, juste pour faire un peu de lèche-vitrine. Sans jamais prendre le temps d'y entrer car il y a le train à attraper, les enfants à récupérer... et une vie à essayer de ne pas faire tomber. Les vitrines des librairies, pour moi c'est comme les vitrines des pâtisseries pour les enfants. On déguste des yeux. Une couverture, un titre mis en évidence par les bons soins de librairies passionnés (il en faut pour faire ce beau métier) cela suffit à partir loin et tout de suite. On divague, on imagine, on suppute et on rêve : on est heureux. Juste quelques secondes volées à la presse implacable qui vous cisaille, le grand sablier n'attend pas. 

Et puis le rouge s'est blanchi. Un matin les livres avaient disparu, comme dans un cauchemar. J'ai pensé qu'une part de mes rêveries quotidiennes venaient de s'envoler dans cette dimension étrange et inconnue où - j'imagine - les chimères finissent toujours par disparaître. Et que bientôt il pousserait à la place d'un passeur de rêves un marchand d'assurances ou un suceur de capitaux puisque nos centre-villes leur sont maintenant réservés. Mais non ! 

Maintenant, "La Virevolte" est bleue. Comme un quartier (d'orange bien sûr). La librairie a rouvert ses portes, après des travaux, un changement de nom, de couleur ce jeudi 13 octobre. Et j'ai pu retrouver ces lumières de l'autre côté de la vitre dans la nuit de 06h15 du matin, avec une libraire qui terminait sa mise en rayons. Et l'après-midi juste avant de sauter dans ce train rectiligne qui tente de faire rentrer ma vie de guingois sur des rails bien tracés, j'ai pu prendre quelques instants pour faire à nouveau du lèche-vitrine et saisir la poésie d'un instant volé au reste, juste un de ces petits moments innocents et discrets au cours desquels on sent que la vie palpite encore. Et qu'il faut la saisie à pleines pognes. 

jeudi 13 octobre 2016

780 pages de Brautigan

Arrêtez tout. Débranchez vos iMac, vos iPhone, vos eBooks sans saveur et vos iDioties quotidiennes alimentaires. Sortez de chez vous et regardez devant vous et pas vos écrans bordel. Enfin si, juste le temps de finir cet article...

Les éditions du Castor Astral viennent d'annoncer la sortie imminente d'un pavé absolument indispensable. "C'est tout ce que j'ai à déclarer" sortira en novembre prochain et rassemblera la masse de l'oeuvre poétique du prodigieux et inégalé Richard Brautigan. 
Le Castor Astral n'en est pas à son coup d'essai avec Brautigan et nous offre là un livre bilingue de 780 pages que j'attends avec la même excitation impatiente qu'un gamin le jour de noël. C'est à coup sûr LE bouquin de l'année dont on parle là, rien de moins. Et même si j'ai déjà la majorité de tous ces textes disséminés dans plusieurs livres, je vais m'empresser de commander cette nouvelle déclaration du génie inclassable qu'est Brautigan. 
Et si d'aventure vous ne connaissiez pas encore ce fou furieux poétique qui fut le premier à casser les conventions de ton et à lisser les frontières entre les genres littéraires avec autant de classe et de finesse, alors jetez-vous dessus. 

Après, si cela vous passe au-dessus alors oui, vous pourrez retourner à vos mortifères collections d'iTrucMuche en vous disant que votre place à vous n'est pas dans les nuages. Et bien c'est foutrement dommage. 

mercredi 12 octobre 2016

Quand on a trempé l'orteil...

Ce n'est pas parce que c'est difficile que l'on choisit d'écrire. Mais bon sang, c'est difficile. Il n'y a pas de règle ni de méthode, à peine des connaissances, éparses la plupart du temps, et contradictoires les unes avec les autres sur le terreau de ceux qui s'y sont risqués avant nous. Sans oublier nos propres expériences bien sûr, parce que nous ne sommes pas des nouveaux-nés non plus. 
J'ai donc attaqué le premier jet de "MANX" et comme dans tout processus d'écriture, j'alterne les phases hystériques et fiévreuses où je peine à retenir le trop plein d'idées avec les phases de découragement profond, d'abattement total au cours desquelles je ne ponds que de la MEB ("Merde En Barre" pour les intimes). Mais quand on trempé l'orteil dans la rivière de la fiction, on est tenu d'y aller jusqu'au bout et quitte à s'enfoncer dans la MEB, autant le faire à fond. 
Je reviendrai plus en détail en fin de semaine au cours de mon point d'avancement hebdomadaire du projet "MANX" sur les difficultés actuelles. 
En grattant pour m'aérer l'esprit entre deux pages, deux réunions au boulot et deux supervisions de devoirs des enfants, j'ai découvert que certains auteurs connus ne rechignent pas à ouvrir la fenêtre sur leur cuisine, histoire de nous faire voir à quoi ça ressemble de l'autre côté. Je m'intéresse énormément aux secrets de fabrication des romanciers, comment ils travaillent, comment ils préparent un récit, ce qu'ils notent, ce qu'ils improvisent, ce qu'ils planifient, et de quelle manière pratique ils font tout cela. Ces aspects du métier me passionnent, j'aime voir comment travaillent les autres, pour comprendre et pour m'en inspirer si cela peut être utile. 
Jean-Philippe Toussaint, écrivain et réalisateur de son état, publie depuis 1985 chez Minuit des romans que l'on qualifie de minimalistes. Je ne connais que de nom cet auteur traduit dans un grand nombre de pays et je ne l'ai jamais lu. Mais cela ne m'empêche pas de trouver très intéressante la démarche qu'il adopte sur son site web et qui consiste à mettre à disposition les extraits de ses manuscrits, de ses notes préparatoires et de ses plans de travail. Voilà ce que j'appelle la cuisine... Ses plans n'ont rien en commun avec les miens. En prenant par exemple les plans qu'il a rédigés pour "La vérité sur Marie", je me rends compte qu'il les a justement... rédigés. Il ne s'agit pas d'un simple résumé de ce qu'il se passe et tout n'est pas relié de façon claire et évidente. Il y a sur les plans de Toussaint des pistes d'ouverture, des brèches en attente d'être comblées, mais aussi des extraits déjà saisis, des images et des idées qui ont initié la recherche du plan et qu'il a écrites à même celui-ci, dès la phase de conception. 
Un exemple frappant du décalage entre ces recettes de cuisine propres à chacun de nous. On est loin du cadre sûrement trop rigide de mes plans personnels. Et même si j'ai besoin d'avoir une structure plus marquée, peut-être devrais-je en effet assouplir le cadre un peu trop rigoureux de mes tableaux excel de préparation et de plans. Y incorporer notamment certains ingrédients tels que des phrases, des dialogues, des bouts de développements que j'ai en tête à ce moment là mais que je ne prends pas la peine de noter de peur de surcharger... Pourtant se montrer à peine moins synthétique m'aiderait sûrement à trouver plus d'ampleur encore pendant l'écriture proprement dite. Intéressant en tous les cas et peut-être à expérimenter dans le futur...

mardi 11 octobre 2016

Hemingway l'épistolaire

Lorsque l'on pense à Hemingway, ce n'est certes pas sa correspondance qui nous vient à l'esprit en premier. Bon... La plus grande injustice en la matière - je crois - c'est surtout de ne pas penser à ses nouvelles mais j'y reviendrai dans un prochain article lorsque je rédigerai une petite chronique de ma lecture en cours du pavé de l'intégrale de ses nouvelles (1200 pages le Quarto Gallimard, c'est le poids des mots sans le choc des photos; quoique...)

La bonne idée des éditions Gallimard, outre le fait de nous offrir l'exhaustivité des nouvelles d'Hemingway en un seul volume, c'est d'avoir intercalé une abondante correspondance de l'auteur. 
L'une de ces lettres m'a particulièrement touché et résonne encore d'une lumineuse actualité 80 ans après avoir été écrite. Je ne résiste pas au plaisir d'en retranscrire un très court extrait ici. La lettre écrite de Key West en août 1935 est adressée à Ivan Kashkin (1899-1963), professeur d'université russe qui fut notamment celui qui permit à Hemingway de se faire connaître de l'autre côté du rideau de fer. La traduction est de Michel Arnaud. 

(...) Quelle que soit l'époque où j'aurais pu naître j'aurais pu me débrouiller si je n'avais pas été tué. Un écrivain est comme un gitan. Il ne doit fidélité et obéissance à aucun gouvernement. Si c'est un bon écrivain jamais il n'aura de sympathie pour le gouvernement sous lequel il vit. Son activité devrait être contre celui-ci et celle du gouvernement lui sera toujours hostile. Dès l'instant où quelqu'un connaît assez bien n'importe quelle bureaucratie il ne peut que la haïr. Parce que dès l'instant où elle dépasse une certaine taille elle ne peut être qu'injuste. 
Comme un gitan un écrivain est un éternel étranger. Il ne peut avoir une conscience de classe que si son talent est limité. S'il a assez de talent il est à l'aise dans toutes les classes. Il leur prend à toutes et ce qu'il donne est la propriété de tout le monde. 
Pourquoi un écrivain devrait-il attendre une récompense ou l'appréciation de n'importe quel groupe de gens ou de n'importe quel Etat ? La seule récompense c'est de bien faire son travail et c'est là une assez grande récompense pour n'importe qui. Il n'y a rien de plus obscène pour moi qu'un homme posant lui-même sa candidature à l'Académie française ou à n'importe quelle Académie.
Maintenant si vous pensez que cette attitude conduit à la stérilité et à ce que l'individu ne soit plus qu'une sorte de désert humain je crois que vous vous trompez. La mesure de l'oeuvre d'un homme n'est pas la quantité. Si l'on peut obtenir autant d'intensité et autant de signification dans une histoire que quelqu'un d'autre dans un roman cette histoire durera aussi longtemps qu'elle vaudra quelque chose. Quelle que soit sa couleur politique une authentique oeuvre d'art durera éternellement.

Voilà. Je crois que tout est dit et n'a pas besoin de plus de commentaires... Si ce n'est qu'il nous reste à nous montrer un tant soit peu à la hauteur en essayant de produire quelque chose de valable. 

lundi 10 octobre 2016

Chronique gourmande d'Harrison

J'en parlais la semaine dernière encore... Si vous voulez faire honneur à la rentrée littéraire malgré son tombereau de forfanteries publicitaires et de révérences calculées, lisez donc le dernier Jim Harrison. 
Et cette chronique de Jérôme sur l'excellent blog "D'une berge à l'autre" vous en convaincra mieux que moi. 

dimanche 9 octobre 2016

MANX : Journal de bord - Semaine 5

Cet article fait partie de la série "MANX: Journal de bord" qui se propose de suivre de façon hebdomadaire l'écriture de mon nouveau roman depuis les premières prises de notes jusqu'à l'impression du livre dans... plusieurs mois :)  Article précédent : Journal de bord (4)

Phase 4 - Le premier jet (semaine 1)
Cette fois c'est bel et bien parti. Le lundi 3 octobre vers 4h15 du matin je me suis donc lancé dans le premier jet du projet "MANX". 
Mais le premier jet, c'est quoi au juste ? C'est un brouillon très imparfait, très éloigné de ce que sera le roman une fois terminé. Le but là, c'est d'écrire vite une histoire et de se confronter à tous les problèmes auxquels on n'a pas pensé pendant la phase précédente de conception.
La difficulté consiste à avancer sans se poser de questions métaphysiques. Le but du premier jet c'est d'aller au bout. Et on verra ensuite ce qui foire, ce qui cloche. On aura le temps de tout reprendre après. Mais il faut aller au bout de l'intention qui nous anime au moment de prendre la plume. Donc, on écrit sans se retourner. Il est important, là, de dépoter.
Je me base sur le synopsis mais en m'en écartant plus ou moins selon l'envie. Je ne m'interdis aucune nouveauté, y compris la création d'un nouveau personnage ou la suppression d'une scène, bref... no limits !
Ce qu'il va résulter du premier jet, c'est une histoire bancale, avec des points de vue narratifs mal définis, des changements dans les perspectives de l'histoire, des fils d'intrigues décousues ou qui s'effacent... Sans même parler du style maladroit et foireux, des expressions mal fichues, des tournures tordues... Encore une fois, il faut réussir à passer au-dessus de cela pendant l'écriture du premier jet. Cette imperfection criante est constitutive même de l'exercice. 
Cette semaine j'ai pu écrire cinq scènes soit 26 pages A4 recto verso ce qui représente environ 50 pages d'un roman de poche (1500 signes par page). Ce n'est pas énorme sachant que 80% de ce premier jet va être à jeter et que les 20% devront été réécrits. Qu'importe, c'est une étape extrêmement importante pour se familiariser avec mes personnages. Je les expérimente, j'alterne les points de vue narratifs, je me glisse tour à tour dans la tête de chacun pour les mettre en scène et les faire parler. Je dois les sentir, leur trouver une voix et ensuite, je pourrais les maîtriser pour me lancer dans une version 1. Mais ça c'est encore loin; j'ai prévu de passer 2 mois sur ce premier jet si tout va bien, un peu plus si des imprévus viennent mettre le souk. Bref, l'objectif est d'avoir terminé au 15 décembre.
A suivre... 

vendredi 7 octobre 2016

En ces périodes de haines absurdes...

... Rien ne vaut les mots de ceux qui sont déjà passés par là et qui ont expérimenté la vaste folie de notre monde. Comme souvent, ces anciens ont su éclairer notre chemin et nous ont laissé leurs lignes pour rendre le chemin plus lumineux. En la matière, on ne soulignera jamais assez l'importance de Louis Calaferte dans le paysage littéraire moderne.

Haïssez celui qui n’est pas de votre race 
Haïssez celui qui n’a pas votre foi 
Haïssez celui qui n’est pas de votre rang social 
Haïssez, haïssez, vous serez haï. 
De la haine, on passera à la croisade, 
Vous tuerez ou vous serez tué 
Quoi qu’il en soit, vous serez les victimes de votre haine 
La loi est ainsi : 
Vous ne pouvez être heureux seul 
Si l’autre n’est pas heureux, vous ne le serez pas non plus, 
Si l’autre n’a pas d’avenir, vous n’en aurez pas non plus, 
Si l’autre vit d’amertume, vous en vivrez aussi, 
Si l’autre est sans amour, vous le serez aussi. 
Le monde est nous tous, ou rien. 
L’abri de votre égoïsme est sans effet dans l’éternité. 
Si l’autre n’existe pas, vous n’existez pas non plus.

jeudi 6 octobre 2016

Sublimer la frustration

Pourquoi écrire ? C'est vrai ça. Après tout, à quoi bon ? Pourquoi s'astreindre à voler des heures au quotidien, à rogner sur le sommeil, à se lever avant le soleil et à fuir la compagnie des autres pour s'isoler et noircir des pages ? Sûrement qu'il y a autant de réponses que de gens qui écrivent, c'est à dire... un foutu paquet !

J'ai dans l'idée que la vie est une sorte de mère maquerelle injuste et aveugle qui transpire l'absurdité par tous les pores. Nous vivons au milieu d'une fosse remplie de hyènes et de loups d'une cruauté sans limite. Dans "Sur la route", Kerouac dit quelque chose à propose de l'absurdité de la vie qui me semble très juste: 

Devenir fou, c'est un programme alléchant mais je n'ai pas suffisamment de tripes pour m'y risquer. L'autre solution c'est celle de Richard Brautigan qui a décidé un jour de Septembre 1984 d'en finir avec l'aide d'un Smith & Wesson calibre 44. Je ne suis pas suffisamment désespéré pour en arriver à une telle extrémité.
Entre les deux, il y a des vies rêvées, des vies imaginées et des personnages : une sorte de purge mentale que l'on peut parfois réussi à extirper de notre tête pour en faire une histoire, ouvrir une fenêtre sur son existence et accéder à un univers différent. Pas nécessairement plus juste ou plus beau, pas toujours meilleur ni plus attirant, juste alternatif. 

En ce qui me concerne, écrire a quelque chose à voir avec la frustration d'une vie qui n'est pas toujours celle que j'aurais imaginée vivre. Mais à l'âge de 9 ans je me piquais déjà d'écrire des petites histoires sur un cahier d'écolier, alors je veux croire que c'est plus fort que ce simple constat un peu amer. Et l'essentiel est bien de trouver un équilibre, de ne pas tomber dans la folie ni dans le désespoir, de déboucher sur une porte de sortie acceptable. Celle d'inventer d'autres destins pour des versions alternatives de moi et de ceux qui m'entourent, réels ou imaginaires. Et si tout cela n'a pas de sens c'est bien la preuve que je suis encore en vie. C'est, je crois, plutôt une bonne nouvelle ! 

mercredi 5 octobre 2016

Lecture : Alfred Döblin - Berlin Alexanderplatz

"Berlin Alexanderplatz" est souvent considéré comme l'une des œuvres majeures de la littérature mondiale du début du vingtième siècle. Ecrit en 1928 par Alfred Döblin et publié l'année suivante, ce bouquin est une plongée dans le Berlin de l'entre deux guerres, violent et instable, terreau des horreurs totalitaires à venir, un décor populaire et des quartiers modestes qui n'est pas sans évoquer le mythique "Voyage au bout de la nuit" de Céline.
L'idée de base du bouquin est d'une affligeante banalité et peut se résumer, en gros, au postulat suivant : "Franz Biberkopf est libéré de prison où il vient de purger une peine de prison pour le meurtre de sa femme. Dehors, il se promet de devenir honnête". 

J'avais déjà essayé de lire ce roman il y a une quinzaine d'années. Mais j'avais lâché l'affaire à la page 100 (sur plus de six cents), dépassé par des longueurs terribles, si terribles qu'il faudrait inventer un mot avec dix occurrences de la lettre R à "terrible". Le propos ne décollait pas, j'avais trouvé ce rythme syncopé pour le moins pénible et assommant à suivre. L'histoire piétinait et mon enthousiasme baissait à vitesse grand V. Mais comme beaucoup, je n'aime pas rester sur un échec ; surtout face à un livre qui s'attire des éloges un peu partout où il est lu. 
Alors j'ai souhaité profiter de la réédition en poche trouvée d'occasion avec la nouvelle traduction d'Olivier Le Lay qui date de 2009 pour redonner une chance à ce livre totémique pour nombre de lecteurs. 
Mais je dois admettre avec un peu de tristesse que pour la deuxième fois, Alfred Döblin m'a vaincu. 
Cette fois je suis pourtant allé plus loin. Aux alentours de la page 200, soit le tiers du livre. Mais j'ai senti bien avant qu'une nouvelle fois je n'arriverai pas au bout. L'endurance m'a fait défaut et je n'ai pas trouvé les clés pour déchiffrer ce roman. 
Il y a pourtant une richesse inouïe dans le style de Döblin qui alterne les points de vue narratifs et - on le devine grâce à la traduction - qui utilise une langue riche, diversifiée et colorée. L'argot qui rappelle forcément certains passages d'un Céline (qui écrira "le Voyage" trois ans plus tard) y côtoie un style plus soutenu et alambiqué. 
Le gros point fort de l'auteur concerne sa capacité à développer des descriptions de lieux sordides, du quotidien des petites gens, et pour nous raconter les destins de ces personnages en prise avec un destin contrarié. On ne peut pas passer ces qualités sous silence, il s'agit là d'un exercice de haut vol qu'on ne peut qu'admirer. Le réalisme de Döblin est d'une puissance évocatrice qui n'a rien à envier aux auteurs français les plus acclamés de l'époque moderne.  Mais cela n'a pas été suffisant pour moi, je me suis ennuyé, vaincu par le rythme anarchique du récit, par sa teneur éclatée et peu ramassée (là ce n'est pas du Céline) et par ses longueurs, encore. La petite musique ne m'a pas parlé, et ce ne fut qu'à de très rares moments que je me suis évadé, avec cette délicieuse sensation de quitter le réel pour rejoindre l'univers que l'auteur dépeint. Ce que je recherche avant tout dans une lecture de fiction. Bref, encore un échec pour moi sur ce "Berlin Alexanderplatz" et je crois bien que cette fois c'était le dernier.