vendredi 13 octobre 2017

Changement d'horizons...

Publications entre parenthèses les deux prochaines semaines pour cause de périple chez l'oncle Sam... RDV fin Octobre !

mercredi 11 octobre 2017

L'extrait du... 11 octobre

Je viens de me plonger dans la lecture des 970 pages de l'édition Folio de "Les frères Karamazov". Un pavé qui devrait remplir de façon efficace les heures de vol entre Lyon et San Fancisco dans les prochains jours. 
C'est l'occasion de signaler un extrait  de ce bouquin écrit en 1880 mais qui reste d'une actualité piquante.

"A présent chacun aspire à séparer sa personnalité des autres, chacun veut goûter lui-même la plénitude de la vie ; cependant, loin d’atteindre le but, tous les efforts humains n’aboutissent qu’à un suicide total, car, au lieu d’affirmer pleinement leur personnalité, ils tombent dans une solitude complète. En effet, en ce siècle, tous sont fractionnés en unités. Chacun s’isole dans son trou, s’écarte des autres, se cache, lui et son bien, s’éloigne de ses semblables et les éloigne de lui. Il amasse de la richesse tout seul, se félicite de sa puissance, de son opulence ; il ignore, l’insensé, que plus il amasse plus il s’enlise dans une impuissance fatale."

vendredi 6 octobre 2017

L'extrait du... 6 Octobre

Ayant achevé hier, après 20 jours de travail moyennement acharné d'écrire le premier jet d'une nouvelle de 100 000 signes environ, provisoirement intitulée "Ulysse", je ne résiste pas au plaisir de diffuser ici-même un extrait du "Ulysse" de Joyce. Il s'agit d'un extrait du Chapitre XII "Les Cyclopes", dans la traduction supervisée par Jacques Aubert pour Folio. 
"A propos de la nouvelle Irlande il devrait commencer par se payer un nouveau chien. Cet animal galeux et boufferont qui passe son temps à renifler et à éternuer partout dans tous les coins et qui gratte ses croûtes et le voilà qui va tourner autour de Bob Doran qui régalait Alf d’un demi et qui se met  à le lécher pour essayer d’obtenir quelque chose. Et ça manque pas. Bob Doran se met à faire le con avec lui :
– Donne la patte ! Donne la papatte,, chienchien ! Mon bon chien. Donne la patte, là, c’est bien ! Donne la papatte !
Et merde ! Foutre de patte qu’il voulait patoche et Alf qui essayait de l’empêcher de dégringoler de ce foutu tabouret sur ce foutu clébard et l’autre qui n’arrêtait pas de radoter sur le dressage par la douceur, un chien de race, un chien bien intelligent : je t’en foutrais, moi. Le voilà qui se met à gratter les vieilles miettes de biscuits dans le fond de la boîte de chez Jacob qu’il avait demandé à Terry d’apporter. Putain il a gobé tout ça comme une vieille paire de bottes et il  tirait un bout de langue long d’un mètre pour en redemander. C’est tout juste s’il n’a pas bouffé la boîte et le reste, ce sacré goulupatte de bâtard."

James Joyce - Ulysse - Folio (1664 pages, 13 €)

mardi 3 octobre 2017

Lecture : Jérôme Ferrari - Le sermon sur la chute de Rome

J'ai déjà dit plusieurs fois ici combien, en tant que lecteur, je me méfiais des béquilles commerciales que sont les bandeaux rouges dont on enveloppe les livres, pour les rendre pareils à des bonbons écoeurants que l'on souhaite malgré tout convaincre les clients d'acheter. Ces bandeaux rouges sont de plusieurs sortes : signaler un prix quelconque (qui peut aller du Goncourt au prix du syndicat de la chasse d'un patelin au nom abscons semblant sortir tout droit du Groland) ou signaler un auteur bankable, une de ces vaches à lait qui font ressembler la littérature à une marelle aux contours bien tracés dans une cour de récré. 
Le corollaire des bandeaux rouges, souvent, ce sont les prix littéraires. Et je ressens pour ceux-ci la même méfiance mâtinée de suspicion (achat de prix, entourloupes de jury vendu...) Et comble du truc, pour un auteur amateur, je ne me cache pas de dire que je préfère cent fois la littérature américaine des grands espaces à une certaine littérature française bobo et chiante. Du coup, vu comme ça, je n'entre pas dans le cœur de cible des lecteurs des Prix Goncourt. 
Nonobstant, deux causes peuvent me faire céder au vice : ma curiosité et ma pingrerie. Ayant trouvé le prix Goncourt 2012 en excellent état pour un misérable euro dans une foire aux livres au printemps, je ne pouvais pas passer à côté. Surtout parce que j'avais entendu beaucoup de bonnes critiques à l'époque de la sortie de  "Le sermon sur la chute de Rome" de Jérôme Ferrari. Quand on pense, à rebours, qu'en finale du Goncourt il a devancé "La vérité sur l'affaire Harry Quebert" de Joël Dicker, on ne peut que se réjouir du choix du jury qui a préféré l'ambition littéraire à l'efficacité hollywoodienne. 
Car ce roman n'est pas qu'un roman, il lorgne de façon singulière vers la philosophie et la fable. Derrière l'intrigue de ces deux amis d'origine Corse qui décident d'abandonner leurs études de philosophie pour ouvrir un bar dans un village de l'île de beauté, Jérôme Ferrari s'interroge sur l'âme Corse, sur la singularité de vivre sur une île, de cette insularité caractéristique, mais aussi de ce qui a fait la force et qui fait la faiblesse de la France. La tragédie du monde est replacée à plus petite échelle dans ce bar de village, avec tous les personnages du vaste monde et leurs caractères singuliers. De façon formelle, l'auteur utilise pour ses chapitres des phrases issues de Saint Augustin.

Si elle ne révolutionne rien, la façon avec laquelle Jérôme Ferrari alterne la progression de l'intrigue et de ses personnages avec des réflexions plus générales est bien maîtrisée et ne fait pas dans le superflu. Certes, ses phrases sont parfois longues mais ce n'est jamais gênant. Leur musicalité, leur richesse aussi, est un atout incontestable de ce bouquin franchement réussi. La plus grande réussite de l'auteur est d'être parvenu à concilier une certaine ambition littéraire avec une accessibilité jamais prise en défaut. "Le sermon sur la chute de Rome" n'est pas un livre élitiste, c'est bien un roman littéraire mais populaire, dans le bon sens du terme. Rien à voir avec les romans populaires qui ne sont pas littéraires. Les premiers sont rares, les seconds sont en tête des ventes. Celui-ci a réussi à concilier les deux. 

Quatrième de couvertureDans un village corse perché loin de la côte, le bar local est en train de Connaître une mutation profonde sous l'impulsion de ses nouveaux gérants. À la surprise générale, ces deux enfants du pays ont tourné le dos à de prometteuses études de philosophie sur le continent pour, fidèles aux enseignements de Leibniz, transformer un modeste débit de boissons en "meilleur des mondes possibles". Mais c'est bientôt l'enfer en personne qui s'invite au comptoir, réactivant des blessures très anciennes ou conviant à d'irréversibles profanations des êtres assujettis à des rêves indigents de bonheur, et victimes, à leur insu, de la tragique propension de l'âme humaine à se corrompre.

ExtraitQuand on l'extirpa du ventre de sa mère, Marcel demeura immobile et silencieux pendant de longues secondes avant de pousser brièvement un faible cri et il fallait s'approcher de ses lèvres pour sentir la chaleur d'une respiration minuscule qui ne laissait sur les miroirs aucune trace de condensation. Ses parents le firent baptiser sur l'heure. Ils s'assirent près de son berceau en posant sur lui un regard plein de nostalgie, comme s'ils l'avaient déjà perdu, et c'est ainsi qu'ils le regardèrent pendant toute son enfance.

Jérôme Ferrari - Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud), 
208 pages, 19 €

dimanche 1 octobre 2017

Des chardons électroniques

Il faut vivre avec son temps. Après la version EPUB publiée en même temps que la version papier de "Des chardons dans la garrigue", je viens de convertir le petit dernier au format Kindle et il est entré dans la bibliothèque Amazon ce dimanche, dans la foulée. Pour ceux qui lisent sur Kobo, j'ai également effectué la transformation dans le format de la liseuse de la Fnac. Il sera donc disponible sur le site Kobo d'ici quarante huit heures. Tous les liens directs vers les sites concernés sont disponibles dans la page Ecritures.

Après ces ultimes publications, je m'apprête à prendre quelques jours de vacances la deuxième quinzaine d'Octobre. L'occasion de faire le deuil de cette année d'écriture et des treize mois de travail qu'aura pris "Des chardons dans la garrigue". Il sera ensuite temps de commencer à préparer sérieusement le prochain roman. D'ici là, je vais terminer le premier jet d'une longue nouvelle (code : "Ulysse") dont j'écrirai le deuxième jet en novembre avant de me lancer dans ce nouveau roman.  

mardi 26 septembre 2017

Hank 2.0


Une bonne nouvelle n'arrive jamais seule. Quelques jours seulement après la parution d'un recueil de lettres de Charles Bukowski, on annonce deux inédits prochainement traduits en VF : Sifting through the Madness for the word, the line, the way et Storm for the living and the dead.

La maison d'édition gardoise du Diable Vauvert se chargera à nouveau de ce joli cadeau faits aux amateurs du vieux dégueulasse. Et en plus, Virginie Despentes assurera la traduction du premier. 

Pas de dates annoncées pour l'heures mais on se réjouit de cette excellente nouvelle. Toutes les infos sur le site Actualitté.

lundi 25 septembre 2017

La citation du... 25 septembre

En plus de John Fante, j'ai décidé de relire Timothy Findley. C'est bien Findley, faut s'y mettre !

"Nous sommes tous prisonniers de la perception qu'ont les autres de nous." 
Timothy Findley - Pilgrim 

jeudi 21 septembre 2017

L'extrait du... 21 septembre

Avec moi dieu-le-chien, et sa langue 
qui comme un trait perce la croûte 
de la double calotte en voûte 
de la terre qui le démange. 
Et voici le triangle d’eau 
qui marche d’un pas de punaise, 
mais qui sous la prunelle en braise 
se retourne en coup de couteau. 
Sous les seins de la terre hideuse 
dieu-la-chienne s’est retirée, 
des seins de terre et l’eau gelée 
qui pourrissent sa langue creuse. 
Et voici la vierge-au-marteau, 
pour broyer les caves de terre 
dont le crâne du chien stellaire 
sent monter l’horrible niveau.


Antonin Artaud - Extrait de l'Ombilic des Limbes

mercredi 20 septembre 2017

L'extrait du... 20 septembre

Il est temps de re-re-lire John Fante. Je vais m'y remettre, comme certains relisent la Bible ou un quelconque livre sacré. Sauf que John Fante c'est mieux que ça encore. 

"Une belle journée, aussi belle qu'une fille. Il roula sur le dos et regarda les nuages filer vers le sud. Tout là-haut le vent soufflait en tempête ; il avait entendu dire qu'il venait du fin fond de l'Alaska et de la Russie, mais les hautes montagnes protégeaient la ville. Il pensa aux livres de Rosa, à leurs couvertures de toile cirée aussi bleue que le ciel ce matin. Une journée paisible, deux chiens en balade, s'arrêtant brièvement au pied de chaque arbre. Il colla son oreille contre le sol. Là-bas, au nord de la ville, dans le cimetière des hautes terres, on descendait Rosa dans sa tombe. Il souffla doucement sur le sol, l'embrassa, mit un peu de terre sur le bout de sa langue. Un jour, il demanderait à son père de tailler une stèle pour la tombe de Rosa."

John Fante - Bandini (1938)

lundi 18 septembre 2017

Lecture : Pascal Garnier - Chambre 12

C'est étrange. Ce bouquin de Pascal Garnier est paru aux éditions Flammarion en 2000 mais sur le site de l'éditeur, impossible de le trouver. Comme une parabole de la discrétion de son auteur, qui a commis plusieurs romans courts et  noirs avant de disparaitre un peu trop tôt. 

Le résumé éditeur : "Charles est veilleur de nuit dans un modeste hôtel du treizième arrondissement. Une vie minuscule, que rythment les " bonjour-bonsoir " - ceux des clients, représentants ou étudiants fauchés, ceux de Malika la caissière, ceux de ses copains du Balto. Une vie entre parenthèses, une vie à l'abri de la vie. Puis un soir " elle " arrive, improbable dans son grand manteau blanc, anonyme derrière les verres fumés de ses lunettes, protégée par le casque de ses cheveux métal, la locataire de la chambre 12. Sans savoir qui elle est, chacun croit la connaître, car elle est celle que nous attendons tous... Charles va lui prendre la main pour ne plus la lâcher."

Certes, autant le dire tout de suite, Chambre 12 n'est pas le meilleur Garnier. On sent l'auteur peu inspiré et mis à part quelques images bien trouvées dont il a le secret, ça tourne assez vite en rond. Et le bouquin vaut surtout pour sa collection de portraits un peu grinçants, un peu sombres, mais toujours tendres, de personnages déroutants. 
L'intrigue, elle, tourne à vide et s'enlise dans cette chambre 12 et à la réception de cet hôtel du 13ème arrondissement où Charles, ex-taulard, est veilleur de nuit. Comme souvent chez Garnier, les héros n'en sont pas, ça n'existe pas un héros dans son univers, c'est plutôt un être humain comme vous et moi, à qui il arrive des petits trucs sans importance mais dont l'enchainement mérite parfois d'être raconté. "C’était ça, la vie sur terre, des passages furtifs, de bonnes et mauvaises fortunes. Charles tenait le rôle de saint Pierre et l’ascenseur celui du purgatoire. Le ciel n’était pas si haut que ça, n’importe quel nain sur la pointe des pieds pouvait le toucher du doigt." 
Roman mineur de Garnier, "Chambre 12" se laisse néanmoins lire car on sent vraiment que toute cette histoire de veilleur de nuit et de personnages féminins plus vrais que nature va mal finir. 

Pascal Garnier - Chambre 12, Flammarion, 136 pages, 13.8 €

vendredi 15 septembre 2017

Il arrive

C'est un plaisir de rien du tout mais il parait qu'il n'y aurait pas de petit plaisir. 
Enfin, voilà, l'exemplaire zéro de mon nouveau roman, "Des chardons dans la garrigue" est entre mes mains depuis ce jeudi. Feuilleter son bouquin après un an de labeur, le voir se matérialiser au format papier reste toujours un moment que j'apprécie. 
Une ultime relecture rapide et quelques corrections de mise en page plus tard, j'ai revalidé une nouvelle version papier qui sera la définitive. J'ai essayé de tenir compte des remarques qui avaient accompagné "Brûler à Black Rock" en augmentant la taille de la police pour une lecture plus agréable. Le bouquin étant moins volumineux (570 000 signes contre 770 000) cela permet de garder un livre de moins de 350 pages et de limiter le prix à 12,99 euros. 

Ouverture à la vente semaine prochaine avec également une version ebook. "Stay tuned!" comme dirait Marcel. Et en attendant, voilà l'argumentaire qui accompagne le bouquin : 
"Poussé par son cousin et associé à prendre sa retraite, Eugène Piquemal, garagiste de soixante-quatre ans, se demande ce qu'il va bien pouvoir faire de sa nouvelle vie. Son fidèle compagnon Chien-Blanc se fera t-il à la campagne s'il quitte Carcassonne pour retourner dans son Minervois natal ? Mais une étrange découverte faite lors d'un week-end sur la côte Atlantique vient modifier son avenir d'une façon tout à fait inattendue, jusqu'à trouver un écho dans son propre passé."

mercredi 13 septembre 2017

Encore Hank !

La publication en VF d'un nouveau bouquin autour de Charles Bukowski reste toujours un événement. Et même si j'ai depuis longtemps lu et relu tous les écrits qui sont disponibles dans notre langue, je reste un fan inconditionnel de Hank.
Aussi je ne peux que me réjouir et partager ici même cette annonce de la publication imminente (ce jeudi 14 Septembre) aux éditions du Diable Vauvert d'un bouquin intitulé "Sur l'écriture".

Voici la présentation que la sympathique maison d'édition gardoise en fait sur son site: 
Une anthologie de textes inédits sur l’écriture, le quotidien d’une véritable légende américaine, icône de la contre-culture. Ces lettres aux éditeurs, directeurs de revues, amis et confrères écrivains pour la première fois publiées, dessinent un portrait intime du grand poète tour à tour poignant, glacial, iconoclaste et souvent hilarant. On y découvre le rapport inquiet au travail, l’érudition littéraire, mais aussi le mordant, l’intransigeance de celui qui a donné voix aux opprimés et dépravés de la société, dans des phrases mémorables ponctuées de moments de grâce. 

Et parce que les extraits restent ce qu'il y a de mieux pour promouvoir un bouquin - surtout lorsqu'il s'agit de Bukowski, en voici un. 
Il s'agit d'une lettre envoyée à James Boyer May le 13 décembre 1959 : 

L’autre soir j’ai reçu la visite d’un éditeur et d’un auteur (Stanley McNail de The Galley Sail Review accompagné d’Alvaro Cardona-Hine) et le fait qu’ils m’aient trouvé négligé, la tête dans le cul, ne peut pas être entièrement de ma faute : le caractère de leur visite était aussi impromptu qu’un lâcher de bombe atomique. Ma question est la suivante : est-ce qu’un auteur à partir du moment où il est publié devient une propriété publique susceptible d’être fouillée sans préavis ou bien détient-il encore quelques droits à une vie privée en tant que citoyen qui paye ses impôts ? Serait-ce vulgaire de dire que le seul avantage à être artiste reste (encore) la possibilité de prendre ses distances vis-à-vis d’une société sur le déclin, ou s’agit-il simplement d’un concept tombé en désuétude ?
Il ne me semble pas que ce soit ignoble ou pédant d’exiger quelque liberté par rapport à l’esprit de clan malsain et la fraternité collante qui sévit dans beaucoup beaucoup de nos soi-disant publications d’avant-garde.

Voilà. Maintenant vous faites comme vous voulez, mais moi je vais courir me l'offrir ce bouquin. 

Sur l’écriture - Charles Bukowski, Au Diable Vauvert. 
338 pages, 20€
Parution le 14 septembre.

vendredi 8 septembre 2017

Lecture : Patrick Modiano - Accident nocturne

Patrick Modiano fait partie des rares auteurs français à avoir reçu le prestigieux Nobel de littérature. Vous me direz "ça nous fait une belle jambe" et vous n'aurez pas tort. C'était en 2014 et je me souviens m'être dit que je n'avais jamais rien lu de ce type. Et dans une vidéo que je regardais sur internet où il était interrogé sur son acte d'écrire, je trouvais ce personnage déroutant, avec son regard  à tâtons dans un visage évanescent, comme perdu dans son propre bureau. Et cette voix douce, hésitante, qui ne parvenait à finir aucune phrase... Il m'est tout de suite apparu sympathique. Trois ans plus tard, j'ai enfin lu un Modiano.

"Accident nocturne", paru en 2003, débute par un accident de la circulation, place des Pyramides, à Paris, en pleine nuit. Le narrateur se fait renverser par une Fiat conduite par une énigmatique femme qui lui évoque un souvenir confus, remontant à sa propre jeunesse. Légèrement blessée à la tête et lui à la jambe, ils se retrouvent tous deux dans un hôpital, au plus sombre de la nuit. Quand les heures s'étirent comme insensibles à tout, comme dans un de ces rêves abscons mais pourtant terriblement réels. Un homme a rejoint cette femme puis elle disparait et le narrateur lui-même, soigné, est remis à la disposition de sa vie. Sauf qu'il est un peu perdu dans cette vie, comme il l'est dans cette nuit. Convaincu que cette femme ne lui est pas étrangère, qu'elle a un lien avec son propre passé qui lui file entre les doigts à la façon d'un objet sur lequel il n'a pas de prise, le narrateur se met en quête de la retrouver. Occasion d'une divagation parisienne à la recherche d'un passé, d'un but. 

Voilà. Il parait que c'est très classique chez Modiano. Tous ces ingrédients-là. C'est parfois un peu confus mais jamais pénible à lire, en tous cas ça ne laisse pas indifférent et c'est à mes yeux la preuve de la qualité d'un auteur. Rien de pire que de ne rien ressentir. Ici ce n'est pas le cas, on est pris par l'histoire, même si parfois, on sent que la bobine se déroule un peu trop et que certaines scènes se perdent un peu. Il n'en reste pas moins quelques passages lumineux qui m'ont vraiment emballé : « J’aurais voulu me fondre dans le paysage. Déjà, à cette époque, j’avais le sentiment qu’un homme sans paysage est bien démuni. Une sorte d'infirme. Je m'en étais aperçu très jeune, quand mon chien était mort et que je ne savais pas où l'enterrer. Aucune prairie. Aucun village. Pas de terroir. »

Extrait : « Quelle structure familiale avez-vous connue ? J'avais répondu : aucune. Gardez-vous une image forte de votre père et de votre mère ? J'avais répondu : nébuleuse. Vous jugez-vous comme un bon fils (ou fille) ? Je n'ai jamais été un fils. Dans les études que vous avez entreprises, cherchez-vous à conserver l'estime de vos parents et à vous conformer à votre milieu social ? Pas d'études. Pas de parents. Pas de milieu social. Préférez-vous faire la révolution ou contempler un beau paysage ? Contempler un beau paysage. Que préférez-vous ? La profondeur du tourment ou la légèreté du bonheur ? La légèreté du bonheur. Voulez-vous changer la vie ou bien retrouver une harmonie perdue ? Retrouver une harmonie perdue. »

Patrick Modiano - Accident nocturne, Gallimard, 17€, 147 pages

mercredi 6 septembre 2017

Lecture : Pascal Garnier - Vieux Bob

Les habitués de ce blog connaissent Pascal Garnier. Je l'évoque régulièrement, il fait partie des mes auteurs fétiches, comme Jim Harrison ou Richard Brautigan. On a l'habitude de ses romans courts et ciselés, noirs et humides. Alors, quand on se lance dans la lecture de "Vieux Bob", recueil de nouvelles, on s'attend à du rapide. Et en effet, dix nouvelles en moins de 100 pages, on n'a pas le temps de s'ennuyer, comme toujours avec Garnier : on va à l'os. 
Bon, pour être honnête, je le préfère romancier. Ici, on est souvent entre deux eaux, et je me dis maintenant qu'il aurait sûrement excellé dans le poème court, dans une sorte de haïku urbain. Sur la nouvelle, on reste sur sa faim, c'est soit trop long, soit pas assez court. 
Comme souvent avec ses romans, les histoires ne sont pas débordantes de joie de vivre, mais le style est imparable. Et comme c'est le cas dans de nombreux recueils de nouvelles, les textes rassemblés ici sont d'une efficacité variable. 

Toutefois, je ne résiste pas au simple plaisir de copier/coller ici quelques extraits mémorables de la nouvelle "Vieux Bob" qui donne son titre au recueil, et qui raconte le destin d'un vieux chien qui vit dans un bistrot de campagne. 

"Bob est un berger allemand marron noir avec des taches jaunes sous le ventre et des poils blancs un peu partout. Il n’a plus de griffes mais ses ongles bigorneaux font « tac tac tac » sur le carrelage bleu et beige (...) 
Quand on est vieux et qu’on a trouvé une place, qu’on est bien là, même si c’est étroit, même si on vous marche dessus, même si on a pour voisin le nerf de bœuf et le fusil à canon scié accroché sous les verres."

Pascal Garnier - Vieux Bob, in8, 98 pages, 12 €

mardi 5 septembre 2017

La citation du... 5 septembre

Ayant terminé le célèbre "Dalva" de Big Jim hier soir, une citation d'actualité. (En attendant un petit avis de lecture dans les prochaines semaines, le temps de rattraper le retard en la matière...)


vendredi 1 septembre 2017

Lecture : Amélie Nothomb - Robert / Antéchrista

J'ai beaucoup lu au printemps et de fait, j'ai acquis un retard abyssal dans les petites impressions de lectures que je poste ici. Aussi je vais lâcher ici-même quelques billets "2 en 1" pour combler les trous de ce blog fromager. 
On commence par deux romans d'Amélie Nothomb lus à la suite.
Il faut dire que les bouquins de la belge à chapeau se lisent vite, contrepartie de sa production digne de la mitrailleuse hallucinante qu'utilise Clint Eastwood dans l'excellent "Thunderbolt and Lightfoot" de Michael Cimino (pitoyablement traduit par "Le canardeur" dans nos contrées).

Il ne faut pas croire que je sois fan d'Amélie Nothomb. J'apprécie en revanche son refus de la norme et son enthousiasme dès qu'elle parle de littérature ou de musique (elle adore TOOL qui est, comme chacun le sait, le plus grand groupe de rock and roll de l'histoire). Mais s'il est vrai que je lis régulièrement sa production, c'est pour deux raisons : 
- en publiant un livre chaque année depuis trois décennies, ça fait un paquet de bouquins disponibles (c'est mon côté collectionneur),
- ses livres rencontrant un certain succès commercial, on trouve régulièrement sa production en occasion à prix sacrifié (c'est mon côté aveyronnais).


1 - Robert des noms propres (Albin Michel, 14.7 €, 180 pages)
En 2002, publication de "Robert des noms propres", onzième roman d'Amélie Nothomb.

Quatrième de couverture
"Le destin exceptionnel d'une petite fille prénommée Plectrude née sous les auspices les plus dramatiques et au parcours semé d'obstacles. Enfant atypique et solitaire, surdouée et incomprise, Plectrude traverse les épreuves avec la grâce d'une princesse de conte de fées et l'obstination, la certitude et la douleur d'une adolescente d'aujourd'hui".

Le mieux, dans ce bouquin, c'est le prénom de l'héroïne. Plectrude. C'est vraiment un prénom extra pour une héroïne et typique de Nothomb. Pour le reste, je me suis plutôt ennuyé sur les 160 pages de ce roman qui narre les aventures d'une danseuse anorexique née en prison d'une mère assassin. L'idée d'exploiter la mise en miroir de la biographie de l'assassin de Nothomb (souvenirs et recyclages de son premier roman) est plutôt bien vue mais le traitement laisse à désirer. Reste le style vivant et incisif de l'auteur mais là aussi, on l'a connue plus inspirée. Heureusement c'est court.

Extrait
"Par ailleurs, avoir dix ans est ce qui peut arriver de mieux à un être humain [...] Dix ans est le moment le plus solaire de l'enfance. Aucun signe d'adolescence n'est encore visible à l'horizon: rien que l'enfance bien mûre, riche d'une expérience déjà longue, sans ce sentiment de perte qui assaille dès les prémices de la puberté. A dix ans, on n'est pas forcément heureux, mais on est forcément vivant, plus vivant que quiconque."

2 - Antéchrista (Albin Michel, 14.7 €, 168 pages)
En 2003, publication de "Antéchrista", douzième roman d'Amélie Nothomb.

Quatrième de couverture :
"Avoir pour amie la fille la plus admirée de la fac, belle, séduisante, brillante, enjouée, audacieuse ? Lorsque Christa se tourne vers elle, la timide et solitaire Blanche n’en revient pas de ce bonheur presque écrasant. Elle n’hésite pas à tout lui donner, et elle commence par l’installer chez elle pour lui épargner de longs trajets en train.
Blanche va très vite comprendre dans quel piège redoutable elle est tombée. Car sa nouvelle amie se révèle une inquiétante manipulatrice qui a besoin de s’affirmer en torturant une victime. Au point que Blanche sera amenée à choisir : se laisser anéantir, ou se défendre".

Encore une histoire de fille étrange dotée d'un prénom à coucher dehors : pas de doute, on est bien chez Nothomb. Pour le reste, c'est aussi un bouquin court qui se lit vite mais contrairement à l'opus précédent, cette histoire m'a plus convaincu. Le vampirisme psychique qui est décrit dans ce bouquin est plutôt bien rendu et donne pas mal de tension au récit. Même si la Blanche qui narre cette histoire est parfois insupportable de candeur et d'attentisme et que l'on a envie de lui mettre de grandes gifles pour la réveiller. Sans même parler de ses parents qui sont crispants et franchement pénibles. Toutefois on se laisse prendre au jeu et c'est bien là l'essentiel pour ce roman d'apprentissage noir ,typique de Nothomb. 

Extrait
"La lecture n’est pas un plaisir de substitution. Vu de l’extérieur, mon existence était squelettique ; vue de l’intérieur, elle inspirait ce qu’inspirent les appartements dont l’unique mobilier est une bibliothèque somptueusement remplie : la jalousie admirative pour qui ne s’embarrasse pas du superflu et regorge du nécessaire. Personne ne me connaissait de l’intérieur : personne ne savait que je n’étais pas à plaindre, sauf moi – et cela me suffisait. Je profitais de mon invisibilité pour lire des jours entiers sans que personne ne s’en aperçut."

jeudi 31 août 2017

Lecture : Tanguy Viel - Article 353 du code pénal

D'accord c'est vrai, je suis un imposteur. J'ai beau dire que je suis réfractaire à toute publicité, que je suis impassible à toute campagne promotionnelle, je suis comme tout le monde. Ce constat à la fois amer et rassurant (les deux vont bien ensemble) je dois concéder que si j'ai décidé d'acheter et de lire (tant qu'à faire...) le dernier roman de Tanguy Viel, c'est en grande partie la faute de la campagne promotionnelle qui en a accompagné la sortie. 
Soutenu par de multiples campagnes télévisuelles et radiophoniques, ce roman paru en janvier 2017 a de plus reçu le Grand-Prix RTL Lire en mars. Ce qui a offert un surcroît de visibilité à ce livre qui n'en manquait déjà pas, tant tous les journalistes estampillés littéraires en parlaient. Le Grand-Prix RTL Lire, on s'en tamponne un peu nous - enfin normalement - surtout à cause de ce bandeau rouge agressif avec lequel on décore les livres en les faisant ressembler à des papillotes indigestes qui, ainsi attifés, ressemblent à des gueules de chiens méchants prêtes à vous mordre depuis les étals des libraires qui assistent, impuissants, à cette prostitution médiatique organisée. Je m'égare (de Brest - forcément avec Tanguy Viel, c'est de circonstance).

Quatrième de couverture
Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d'être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l'ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec.
Il faut dire que la tentation est grande d'investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu'il soit construit. 

Bien que je sois un anti-quatrième de couverture convaincu, je m'efforce de toujours l'insérer dans ces petites chroniques de lecture car je sais que certains aiment bien lire ce succédané d'aventure, cette promesse à la petite semaine de ce que pourrait être un bouquin que l'on découvre la première fois. 
Je n'ai donc pas lu le quatrième de couverture avant d'acheter ce livre, comme toujours. J'ai par contre lu la première page, comme je le fais avant de me décider à m'embarquer pour une lecture. Et cette première page m'a convaincu. Alors oui c'est vrai, la tempête d'avis positifs écoutés à la radio m'a fait m'arrêter sur ce bouquin et le prendre en main, celui-là plutôt qu'un autre, lors d'une promenade Chamoniarde en avril dernier.

Roman agréable qui trouve naturellement sa place aux éditions de Minuit, j'ai passé un très agréable moment de lecture. Certes court (c'est bien), certes parfois un peu étonné par les louanges stratosphériques entendues ça et là mais oui, un bouquin à la fois original, social et moderne.  Le propos est simple mais raconté de belle manièreUn huis-clos entre un juge et un accusé, qui fonctionne bien malgré parfois quelques personnages un peu stéréotypés. Un bouquin des petites gens de France et des grandes espérances déçues. Une grande partie de l'enjeu tient dans la révélation finale du fameux article 353 du codé pénal qui donne son titre au roman. N'allez d'ailleurs pas vous renseigner sur le contenu de cet article avant de lire le bouquin, cela atténuerait tout l'intérêt de la chose.

Extrait
"En tout cas j'étais bien placé pour le voir arriver, lui, Antoine Lazenec, avec ses chaussures à bouts pointus - je ne sais pas pourquoi j'ai toujours eu du mal avec les chaussures à bouts pointus, les chaussures italiennes qui brillent même sous la pluie, comme si j'avais l'habitude de commencer par les pieds pour aborder les gens, normalement non, mais là, j'étais à tondre la pelouse du parc et donc la tête plutôt basse à surveiller l'avancée de la tondeuse sur le gazon sans trop entendre ce qui se passait autours, et ce que j'ai vu en premier, eh bien ce sont ses chaussures de cuir posées dans l'allée, aussi parce qu'elles étaient si bien cirées et si noires sur le gravier blanc, alors j'ai levé la tête et j'ai vu ce type pas très grand et presque chauve avec une veste noire et puis une chemise un peu ouverte comme un Parisien, et il me regardait sourire, attendant que j'arrête le moteur de la tondeuse."

Tanguy Viel - Article 353 du code pénal, Minuit, 176 pages, 14.5 €

mercredi 30 août 2017

Lecture : Sylvain Tesson - Dans les forêts de Sibérie

Sylvain Tesson fait partie de ces (rares) êtres médiatiques qui invitent à la déconnexion. Alors qu'en règle générale les figures qui abondent à la radio, sur le net ou dans le petit écran ont la même tendance à m'insupporter, lui passe aux travers des mailles du filet. Mieux, il me détend. Sa frénésie de vie ne l'empêche pas de virer au noir entre deux regards acier. Il aime la bonne littérature, les voyages, partager l'alcool entre amis. Difficile, dans ces conditions, de ne pas l'apprécier. 

Le fantasque et attachant géographe lettré a connu le succès avec le récit de son séjour en solitaire (ou presque) de six mois passés sur les rives du lac Baïkal. Là, dans une cabane, il s'est nourri de poisson, de promenades avec ses chiens, de contemplation, de lectures et de vodka avec les rares voisins qui venaient lui rendre visite après plusieurs jours de marche. Tous les ingrédients à une introspection métaphysique et surtout qui mènent sans nul doute à une meilleure connaissance de soi, sinon des autres.
Vécu en 2010, couronné du prix Médicis en 2011, adapté au cinéma en 2016, ce périple a logiquement rencontré son public au cours des années en plus de renfoncer l'aura médiatique de son auteur.

Extrait
Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie. 

J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. 
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché de vivre dans la lenteur et la simplicité. 
Je crois y être parvenu. 
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à l'existence. 
Et si la liberté consistait à posséder le temps? 
Et si la richesse revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures? 
Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

Parfois un peu répétitif bien que jamais long (300 pages) ce récit nous offre l'opportunité de prendre le temps. Une vertu qui disparaît chaque jour davantage, bafouée par la dictature de l'immédiateté. La liberté est à ce prix mais pour combien de temps ? Ces ermites qui vivent à des jours de marche du village le plus proche et qui écoutent les remous du monde dans leur poste de radio, à quelle humanité appartiennent-ils ? Où est la limite ? La plénitude des étendues sauvages peut-elle apporter une réponse aux maux de la civilisation ? Et la vodka est-elle soluble dans les grands livres ? Avec toutes ces questions, Tesson nous convie à une réflexion jamais lénifiante, simple sans être simpliste, naturelle, sur ce qu'est notre existence. Ainsi que nos envies d'ailleurs, impossibles ou à portée de main. Une question de choix, comme celui de laisser partir ceux que l'on aime, comme celui des livres que l'on emporte pour un tel périple (lesquels embarquer?), comme celui de l'exil ou de la résistance. 
Mais parce que Tesson est un auteur multiple et parfois cabotin, il alterne ces passages introspectifs avec des moments plus légers sur le quotidien d'une vie dans une minuscule cabane perdue dans des contrées sauvages. Et c'est certainement ce qui fait la véritable force du livre, son caractère multiple, et son ambiance à la fois contemplative et légère. 

Sylvain Tesson - Dans les forêts de Sibérie, Folio, 304 pages, 7.49 €

mardi 29 août 2017

Lecture : Pascal Garnier - La place du mort

Après l'excellent "Lune captive dans un œil mort" et le glaçant "Trop près du bord", je poursuis l'exploration exhaustive de la production singulière et noire de Pascal Garnier. 
Je mets de côté le pourtant très bon "Cartons" du même auteur, lu également au printemps, mais qui ne joue pas dans la catégorie noire de ceux-là.
Car avec un titre tel que "La place du mort" publié dans la collection Points Noir, pas de risque de se tromper sur la marchandise. On est bien là en présence d'un bouquin de Pascal Garnier veine sombre. 

Quatrième de couverture
Fabien mène une existence paisible jusqu’au jour où sa femme décède dans un accident de voiture. Un drame n’arrivant jamais seul, il découvre qu’elle était accompagnée de son amant. Fabien, désarçonné mais déterminé, décide de se venger : « Il a piqué ma femme, je lui piquerai sa veuve. » Mais ce désir si légitime va l’entraîner dans une situation abominable.

Comme il s'en est fait une spécialité - et c'est aussi une qualité - Garnier signe un bouquin court, sans matière grasse superflue. Pourquoi rallonger la sauce lorsqu'on peut faire plus court et plus efficace ? Certes on n'est pas en présence de bouquins à l'architecture complexe, aux fils narratifs entremêlés. Garnier ne fait pas du Faulkner, il fait du Garnier et il le fait bien. Comme ses personnages, il ne se prend pas pour un autre et déroule une intrigue simple mais drôlement efficace. 
Comme souvent, ses héros sont des êtres en marge, fragiles et un peu perdus, qui se retrouvent embarqués dans des situations de crise, de folie ou de noirceur implacable. Pourtant rien ne semblait les destiner à cette issue funeste. Mais comme il le fait à chaque fois, l'auteur parvient à nous embarquer dans une histoire où le scénario du pire trouve toujours un moyen de prendre le dessus sur le reste. Mus par une incontrôlable propension à se mettre dans des situations inconfortables, les personnages de Garnier sont à la fois attachants et crispants. Pénibles de ne pas voir le danger qui plane sur une décision, la menace qui auréole une situation dans laquelle ils se mettent d'eux mêmes. Et pourtant le lecteur adhère. C'est aussi un peu ça, le miracle de la littérature.

Le Fabien de ce roman est le prototype de ces caractères qui plaisent tant à Garnier, on le sent écrire avec plaisir et tendresse le quotidien de ces êtres paumés dans une vie trop vaste pour eux. Ce Fabien qui perd sa femme découvre à cette occasion la mascarade de son existence et décide malgré lui de poursuivre la comédie en endossant un autre rôle. Sous des dehors simplistes, avec une intrigue ténue, fort de son style particulier, Garnier pose des questions sur le quotidien de chacun d'entre nous et sur nos propres limites. Et il réussit une fois à nous embarquer pour une paire d'heures de lecture impossible à stopper.

Extrait : 

Sa première réaction fut d’allumer une cigarette et d’aller fumer à poil à la fenêtre. Il n’avait aucune idée de ce que pouvait bien faire Sylvie dans une voiture à Dijon, mais ce dont il était sûr, aussi sûr que du vent qui ébouriffait les poils de son sexe, c’est que Sylvie était morte. D’une pichenette il envoya son mégot rebondir cinq étages plus bas sur le toit d’une Twingo noire.

-Merde alors… je suis veuf, je suis un autre. Comment je vais m’habiller ?  

Pascal Garnier - La place du mort, Points, 5€70, 152 pages

lundi 28 août 2017

Lecture : Jim Harrison - L'éclipse de lune de Davenport

Comme beaucoup d'autres auteurs avant et après lui, Jim Harrison a commencé sa carrière littéraire en écrivant de la poésie. Et à l'image de nombreux écrivains, il doit davantage sa gloire à ses travaux de romancier que de poète. Pourtant il a constamment publié des recueils de poésie au cours de sa vie, depuis Plain Song (1965) jusqu'à Dead Man's Float (2016) l'année même de sa disparition. De cette quinzaine de recueils parus en version originale, à peine le tiers a été traduit et publié en français. 

"L'éclipse de lune de Davenport et autres poèmes" a paru en 1998 en France, deux ans après sa parution en VO. Neuvième recueil dans l'ordre chronologique des publications poétiques de Jim Harrison, il est disponible dans une édition bilingue très soignée de la collection "La petite vermillon". Contrairement à la plupart des autres bouquins de Big Jim, ce n'est pas Brice Matthieussent mais Jean-Luc Piningre qui s'est chargé de la traduction. 
Pour le reste, on retrouve l'univers de l'auteur sous une forme de poésie en prose qui se marie bien avec les thèmes chers à Harrison. La nature sauvage, l'ouest américain et ses grandes étendues, la solitude de l'être humain et son obsession de la liberté. Poésie du quotidien aussi, dans ce qu'il y a de plus banal mais Harrison sait à chaque fois faire vibrer ces cordes du rien du tout pour en tirer une émotion réelle.
Bref, après cette lecture on ne peut qu'espérer que les éditeurs français vont nous mettre à disposition les autres recueils.

Extrait : 

C'était lundi matin pour la plupart des gens
et mon cœur était prêt d'exploser selon
mon tensiomètre numérique,
ce qui me fait dire que je ne veux plus bosser
pour être le mineur le mieux payé au monde.
Je veux me maintenir à la surface et aider le héron
qui a du mal à se poser au bord du ruisseau.
Il vieillit et je me demande où il sera une fois mort.



Jim Harrison - L'éclipse de lune de Davenport (La petite vermillon)
Traduction : Jean-Luc Piningre / 192 pages, 7.10 €

vendredi 25 août 2017

Waterloo et le reste

Comme je l'indiquais récemment, je viens de proposer une seconde édition corrigée et remaniée de "Waterloo en maillot de bain"
Ce recueil de textes très courts (de une à trois pages) écrits sur une période de dix ans est disponible sur tous les sites internet habituels en version papier mais aussi en version ebook, kindle, kobo et toutes joyeusetés à l'avenant (détails ici).

Concernant "Des chardons dans la garrigue" (MANX), le roman sur lequel je travaille depuis Août 2016, j'ai terminé ce matin un peu après 5h30 de reporter sur l'ordinateur les corrections faites sur l'épreuve papier de la 4ème version. 
J'ai attaqué derechef le passage de cette 5ème version au correcteur orthographique, grammatical et syntaxique du logiciel canadien "Antidote". J'en suis encore à la phase d'apprentissage dudit logiciel mais pour y avoir justement passé "Waterloo" il y a dix jours, je ne regrette pas l'investissement.
Donc, selon toute vraisemblance, je pourrai annoncer la mise à disposition de ce nouveau roman au tout début du mois de Septembre 2017, soit treize mois après les premières recherches faites sur le sujet. Mélange d'excitation et d'impatience... 

mercredi 23 août 2017

L'édition et Eric...

Lorsque l'on se plonge de façon suffisamment intensive dans une activité - je suppose qu'il en va même quelle que soit cette activité - on se rend compte de la conjonction de certains faits du quotidien. Une sorte d'alignement des planètes, ou pour le dire de manière plus prosaïque d'une concordance des petits riens de la vie qui mis bout à bout dessinent une fresque qui prend du sens. Peut-être est-ce ce que le plus belge des acteurs d'arts martiaux (ou le plus art martial des acteurs belges?) disait quand il parlait d'être AWARE. Mais je m'égare (de Bruxelles). 

Hier je parlais de la roulette de l'édition et des choix (et de leurs contraires, les non-choix et non les anchois). Ce matin en me rendant au travail, je lisais dans le métro "Endetté comme une mule", les mémoires de l'éditeur Eric Losfeld. 
Il y a beaucoup à dire sur cet excellent bouquin publié chez Tristram et à côté duquel je serais passé sans les conseils avisés de l'émission sacrée "Mauvais genre" sur France Culture (conseil confirmé par une quasi majorité absolue chez les critiques du "Masque et la Plume" sur France Inter). Bref, à propos d'édition, voilà un passage de ces mémoires dont je reparlerai : 

On suppose qu'un livre va se vendre, parce qu'on l'a publié, parce qu'on l'aime bien, et on suppose que d'autres personnes vont l'aimer, mais en réalité, la vente d'un livre reste quelque chose qui est tout à fait irrationnel. J'ai beau le savoir de longue date, j'en suis toujours étonné.

mardi 22 août 2017

Au prix de quelques timbres...

Il y a encore peu de temps de cela, je clamais ici même que ne souhaitant toujours pas participer à la surproduction des bouquins dispensables qui s'étalent dans les librairies ou qui grossissent les rangs des pilons, je n'enverrai pas mon prochain manuscrit à un éditeur. Et que je poursuivrai mon travail de tâcheron d'auto-publication grâce aux plateformes du web nouvelle génération. Oui bon alors tout ça c'est bien beau mais tout de même, il serait peut-être temps aussi d'arrêter de se chercher de faux-semblants et d'oser se confronter à l'indifférence (jugement négatif) ou à l'avis négatif (jugement positif) d'un professionnel de la vente. Car oui, ne nous y trompons pas, un éditeur moderne est là, à l'image de la société moderne, pour faire du pognon. Donc un éditeur jugera un livre sur sa capacité à le vendre : voilà pourquoi les mémoires d'une starlette de la télé réalité qui s'est fait sauter dans une piscine il y a 20 ans se vendront toujours mieux qu'un recueil de poésie de Richard Brautigan au Castor Astral

Bref, j'ai donc décidé de tenter l'aventure trépidante de contacter un éditeur, un vrai, un tatoué. Ah non, on me dit que c'est autre chose ça. Bref, fin septembre ou début octobre, après l'auto-publication de "Des chardons sur la garrigue" je posterai un tirage papier de "Brûler à Black Rock" à destination de trois éditeurs : un petit lyonnais et deux gros parisiens. Et tant qu'à y être, je posterai également un tirage de "Waterloo en maillot de bain" pour un éditeur provincial que ce genre de texte pourrait intéresser. Parce que tout de même, au prix de trois ou quatre timbres et d'un bout de spirale pour tenir tout ça, pourquoi s'en priver ? Je ne m'attends pas à grand chose mais au moins on ne pourra plus me reprocher de ne pas avoir essayé. J'aurais l'occasion d'en reparler...

samedi 19 août 2017

L'extrait du... 19 août

Il y a certains auteurs qui ont ce talent rare de tout dire en peu de mots et mieux que les autres. J'essaye malgré tout de ne pas idolâtrer qui que ce soit, mais j'avoue un certain faible pour l'écriture d'Albert Camus. Et notamment pour ses deux romans "L'étranger" et "La peste" qui m'ont vraiment marqué. 
En ce qui concerne le premier, l'incipit célèbre reste toujours aussi fort malgré sa renommée. Démarrer un livre avec ça, quel brio, quel souffle ! Un truc à vous retourner le stylo dans les poumons. Pas d'effet de manche, pas de vocabulaire compliqué, pas de grandes idées révolutionnaires. Simplement le talent...
Il va sans dire que si vous n'avez jamais lu ce bouquin, vous savez ce qu'il vous reste à faire !

"Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J'ai reçu un télégramme de l'asile: "Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués." Cela ne veut rien dire. C'était peut-être hier."

Albert Camus - L'étranger

vendredi 18 août 2017

Waterloo version 2

Entre deux pages de correction de la version 4 de "MANX" (aka "Des chardons sur la garrigue") j'ai corrigé l'épreuve 2016 de "Waterloo en maillot de bain". 
Quésako ? Un recueil de textes très courts écrits entre 2004 et 2012, une page, deux maximum. J'appelle ça des sprints d'écriture, c'est une exercice auquel je me livre quotidiennement ou presque, le soir avant de me coucher. Certains tiennent un journal intime, d'autres écrivent leurs mémoires... Moi je me fais des rails d'écriture qui lorgnent souvent vers le processus d'écriture automatique. Ou pas. 

Bref, en 2016 j'ai publié en version papier et en ebook "Waterloo en maillot de bain". Sauf que... il y avait quelques coquilles à l'intérieur. Du coup j'ai réalisé une version corrigée que je vais mettre à disposition : 
- en version papier d'ici la fin du mois d'août.
- en version e-book d'ici la semaine prochaine.
Que ceux qui ont acheté la version 1 me contactent que je puisse vous fournir gratuitement une version e-book v2. 

jeudi 17 août 2017

L'extrait du... 17 août

Même si en ces temps de trouble social, un extrait de ce bon vieux Léon Trotsky nous serait utile, nous nous contenterons du plus romantique Léon Tolstoï. Comme quoi, il en va des Léon comme des trains, l'un peut en cacher un autre.

"Je ne connais dans la vie que deux maux bien réels : c’est le remords et la maladie. Il n’est de bien que l’absence de ces maux. Vivre pour moi en évitant ces deux maux, voilà à présent toute ma sagesse. 
(...)
Mais chacun vit à sa façon : tu as vécu pour toi seul et tu dis que tu as failli gâcher ta vie et que tu ne connais le bonheur que depuis que tu as commencé à vivre pour autrui. Et moi, j’ai éprouvé l’inverse. J’ai vécu pour la gloire (et qu’est-ce que la gloire ? Toujours ce même amour pour les autres, le désir de faire quelque chose pour eux, le désir d’obtenir leurs louanges). Ainsi j’ai vécu pour les autres et je n’ai pas failli gâcher ma vie, je l’ai complètement gâchée. Et j’ai retrouvé la paix depuis que je vis pour moi seul."
Léon Tolstoï - Guerre & Paix.
Traduction : Boris de Schloezer