jeudi 17 août 2017

L'extrait du... 17 août

Même si en ces temps de trouble social, un extrait de ce bon vieux Léon Trotsky nous serait utile, nous nous contenterons du plus romantique Léon Tolstoï. Comme quoi, il en va des Léon comme des trains, l'un peut en cacher un autre.

"Je ne connais dans la vie que deux maux bien réels : c’est le remords et la maladie. Il n’est de bien que l’absence de ces maux. Vivre pour moi en évitant ces deux maux, voilà à présent toute ma sagesse. 
(...)
Mais chacun vit à sa façon : tu as vécu pour toi seul et tu dis que tu as failli gâcher ta vie et que tu ne connais le bonheur que depuis que tu as commencé à vivre pour autrui. Et moi, j’ai éprouvé l’inverse. J’ai vécu pour la gloire (et qu’est-ce que la gloire ? Toujours ce même amour pour les autres, le désir de faire quelque chose pour eux, le désir d’obtenir leurs louanges). Ainsi j’ai vécu pour les autres et je n’ai pas failli gâcher ma vie, je l’ai complètement gâchée. Et j’ai retrouvé la paix depuis que je vis pour moi seul."
Léon Tolstoï - Guerre & Paix.
Traduction : Boris de Schloezer

mercredi 16 août 2017

MANX : Journal de bord - Semaines 41 à 44

Cet article fait partie de la série "MANX: Journal de bord" qui se propose de suivre de façon hebdomadaire l'écriture de mon nouveau roman depuis les premières prises de notes jusqu'à l'impression du livre dans... plusieurs mois !  Article précédent : Journal de bord (35-40)


Phase 13 - Cinquième version
Quatre semaines n'auront pas été de trop (trois et demi en réalité) pour relire et annoter la quatrième version du manuscrit de "Manx". Depuis samedi 11 août j'ai donc attaqué la saisie de ces corrections sur la version électronique du roman. Heureusement cela avance plus vite que la relecture et les annotations. Il s'agit toujours de corrections de style à 90%, je traque notamment les lourdeurs, les répétitions et les phrases trop longues. Et j'en profite pour couper tout ce qui dépasse un peu trop (comprendre : réduire la voilure et dégrossir le manuscrit de tout ce qui est inutile). Il me faudra à priori deux semaines pour venir à bout de cette saisie des modifications et aboutir à une cinquième version du roman qui sera proche de la définitive. Ne restera en effet plus qu'à passer le texte au correcteur d'Antidote et ce sera terminé. 
Un an après avoir démarré ce projet, j'avoue qu'il me tarde, je commence à fatiguer. C'est le problème de ces réécritures et de ces phases de relecture/correction cycliques. On finit par saturer de cette histoire, des personnages et de tout le roman...

J'ai conscience que ça ne va pas m'aider à promouvoir ce bouquin mais je dois avouer que je ne suis pas très satisfait de cette histoire. Ni de la façon avec laquelle je l'ai racontée. Je n'éprouve pas la satisfaction que j'avais ressentie en venant à bout de "Brûler à Black Rock" par exemple, sur lequel j'avais planché deux ans. Mais je suppose qu'en Septembre lorsque j'aurai le bon à tirer entre les mains, je ressentirai un peu de plaisir de voir ce projet se concrétiser. En attendant, et comme promis, je livre ici le titre définitif de ce nouveau roman à paraître en Septembre : "Des chardons dans la garrigue". A suivre ! 

vendredi 11 août 2017

L'extrait du... 11 août

Nous partons ce vendredi vers les USA (comme souvent ici) et en particulier du côté des adeptes du surf. Non pas que je sois fan de ce sport branchouille mais il s'agit du thème du pavé "Jours barbares" que William Finnegan, journaliste au New Yorker a écrit pendant deux décennies. 
Je viens de commencer la lecture de ce récit (de la véritable Narrative Non Fiction comme disent les anglo-saxons) qui a permis à son auteur de décrocher le Prix Pulitzer. En attendant une chronique (pas tout de suite, je n'ai même pas encore écrit les chroniques de mes lectures du printemps!) de ce bouquin, en voici un extrait. 

Comme partout, le fait d’être un gars cool à l’adolescence reste en grande partie un mystère, mais la force physique (comprenez la puberté précoce), la confiance en soi (avec des points de bonus supplémentaires quand on défie les adultes), les goûts musicaux et vestimentaires, tout cela comptait. Je voyais mal comment j’aurais pu me targuer d’une de ces qualités. Je n’étais pas très grand – en vérité, à ma grande honte, la puberté semblait même m’éviter. Je n’étais pas branché, ni côté fringues ni côté musique. Et, surtout, je n’étais pas un voyou – je n’étais même pas allé en prison. Par contre j’admirais le cran des gamins de l’In Crowd et je n’allais pas m’amuser à remettre en question ceux qui me soutenaient.
Au départ je croyais que la principale activité de l’In Crowd serait la guerre des gangs. D’ailleurs, il était sans cesse question de la reprise des hostilités contre diverses bandes rivales de “mokes”. Mais Mike donnait toujours l’impression de conduire à des pourparlers une délégation chargée de ramener la paix, et les bains de sang étaient évités grâce à de laborieuses manœuvres diplomatiques permettant de sauver la face. Ces trêves étaient officialisées par des cuites solennelles, bien avant l’âge légal. Le plus clair de l’énergie du groupe était en réalité consacré aux ragots, aux fêtes, à de menus larcins et au vandalisme. Les jolies filles ne manquaient pas dans l’In Crowd, et j’en pinçais un jour sur deux pour l’une ou pour l’autre. Personne ne surfait.

William Finnegan - Jours Barbares (Editions du Sous-Sol)
Traduction : Frank Reichert

mercredi 9 août 2017

Lecture : Pascal Garnier - Trop près du bord

C'est toujours avec un plaisir immense que je me plonge dans une lecture ou relecture d'un bouquin de Pascal Garnier. D'ailleurs les romans de ce regretté auteur se prêtent bien à la relecture du fait de leur brièveté. Même si une fois la surprise de l'intrigue éventée, les histoires perdent un peu de leur mystère. Pourtant j'aime relire Pascal Garnier. Parce que ses bouquins sont courts et intenses. Ils ne s'appuient pas sur de grandes démonstrations et ne se prennent pas pour d'autres. Vous voyez ces gros pavés (souvent anglo-saxons) qui s'appuient sur des intrigues enchevêtrées aux résolutions complexes tissées sur une multitude de personnages et qui mélangent les époques ? Et bien avec Garnier, c'est tout le contraire. C'est écrit au plus près de l'histoire. Et l'histoire est racontée au plus près de la réalité. Il n'y a pas d'effet de manche ni de poudre aux yeux. C'est grinçant comme un ongle sur un tableau noir et efficace comme un 357 magnum à bout portant.

Dans la bibliographie de son auteur, "Trop près du bord" a été publié en 1999 au Fleuve Noir avant d'être repris en poche chez Points puis republié par les éditions Zulma en 2013.

Quatrième de couvertureÉliette savoure amèrement sa retraite. Son mari ? Mort. Ses enfants ? Loin. Pas d'amis. Pas de sexe. Un jour d'orage, elle secourt Étienne, fringuant quadragénaire perdu en rase campagne. Voyou, il explose son quotidien : le fils des voisins s'écrase en voiture, une jeune fille en furie débarque chez elle, deux kilos de cocaïne se promènent sous son nez... Il faut se méfier de la vieillesse qui dort !

Pascal Garnier nous a habitué au noir et il s'y tient avec un talent rarement pris en défaut. La sexagénaire de cette histoire, veuve, plutôt heureuse sans ses enfants qui ne lui manquent pas tant que ça, est un personnage des interstices, comme tous ceux qui intéressent Garnier. Elle roule en voiture électrique dans une campagne isolée : rien ne semble moins propice à l'aventure que ce décor. Et pourtant, avec l'intrusion d'un accidenté de la route qui débarque chez elle, toutes les failles des individus, les crises et les peurs rappliquent aussi sec. Etienne qui semble trop sympathique pour un gars qui sort de prison et qui a une drôle de relation avec sa fille qui arrive à son tour chez Éliette... Tous les ingrédients du roman noir sont là, et en moins de 150 pages, Pascal Garnier nous embarque dans une campagne propice à toutes les angoisses. Comme toujours chez lui, c'est sec et brillant, enlevé, parfois un peu tiré par les cheveux mais il est tellement agréable de se laisser aller à ses penchants...
Pascal Garnier - Trop près du bord, Points, 144 pages, 6.3 €

lundi 7 août 2017

L'extrait du... 7 août

"Il n'y a pas plus grande, plus extraordinaire bénédiction que l'absence de journaux, l'absence de nouvelles sur ce que peuvent inventer les humains aux quatre coins du monde pour rendre la vie vivable ou invivable. Si seulement on pouvait éliminer la presse, quel grand pas en avant nous ferions, j'en suis sur! La presse engendre le mensonge, la haine, la cupidité, l'envie, la suspicion, la peur, la malice. Qu'avons nous à faire de la vérité, telle que nous la servent les quotidiens? Ce qu'il nous faut, c'est la paix, la solitude, le loisir."


Henry Miller - Le colosse de Maroussi
traduction : Georges Belmont

dimanche 6 août 2017

Lecture : Jim Harrison - De Marquette à Veracruz

Plus le temps passe, plus je lis des articles, des romans, des livres sur ou de Jim Harrison, plus j'acquiers l'intime conviction du talent de cet auteur et de l'insoumission de cet homme. 
Avec "De Marquette à Veracruz" c'est un voyage littéraire à nul autre pareil auquel nous invite l'écrivain du Michigan. Certains auteurs nous racontent des histoires, lui nous raconte la vie. Avec l'air de rien, des paragraphes qui se succèdent souvent sans trame narrative très claire ni très structurée, un amalgame de sensations, de descriptions, d'actions, de réflexions qui mis bout à bout forment un bouquin. Et dans le cas de ce livre, un sacré bouquin !

Quatrième de couverture : David Burkett, quatrième du nom, est l'héritier d'une famille lourde à porter, responsable du déboisage sauvage du Michigan. Entre une mère alcoolique et un père cynique, prédateur sexuel, David s'exile, en quête d'expiation. Dans le décor lyrique des grandes plaines, son parcours initiatique est marqué par la tragédie familiale et la beauté des femmes... 

Ce roman est d'une puissance rarement atteinte. Le lecteur que je suis s'est délecté, l'auteur que j'essaye d'être a eu la sensation qu'il valait mieux ranger les stylos une bonne fois pour toutes. Car Big Jim atteint dans ce roman écrit en 2004 le summum de son art. Tout y est. L'émancipation douloureuse d'un fils envers son père, la culpabilité et la trahison, les remords d'un courage dont on n'a pas su faire preuve, l'agression de l'homme sur la nature au nom du profit financier, la fierté, la sauvagerie de l'homme, les pulsions qui nous font dévier, les névroses de chacun et nos efforts pour continuer à vivre, notre rapport au monde animal... Big Jim fait preuve d'une maîtrise inouïe dans ce roman violent et sauvage, orageux et puissant. Ses personnages sont campés avec une force peu ordinaire et le lecteur est aspiré par ses mots agencés avec talent, traduits avec passion par un Brice Matthieussent inspiré. Son héros, David Burkett est à la fois irritant de passivité et attachant de vie. Il est une parabole parfaite des manquements de chacun d'entre nous mais aussi de ce qui rend l'être humain vivant, de ces errements entre l'éducation reçue et le chemin individuel que chacun cherche à tracer. Entre les valeurs reçues et ses aspirations profondes. De tous ces mouvements d'araignée à l'intérieur de nos toiles cérébrales qui nous empêchent d'être apaisé : "Si tu refuses de mettre au monde ce qui est en toi, ce que tu ne mets pas au monde te détruiras."

Extrait : "Glacé jusqu'aux os et épuisé, j'ai rejoint ma chambre de motel, j'ai installé un fauteuil près de la fenêtre, puis je me suis endormi en regardant la blancheur effrayante du monde. Il s'agissait de toute évidence d'une toile vierge sur laquelle on pouvait peindre son existence si l'envie vous en prenait. Juste avant de sombrer, je me suis imaginé assis à la fenêtre du chalet et j'ai peint ce qui l'intérieur de ce qui serait mon chalet, y compris la fenêtre de devant d'où les seules choses visibles était le lac Supérieur et la ligne d'horizon, mais me tracassait cette idée de Fred selon laquelle en tant que chrétien putatif je devais apprendre à fonctionner dans le monde avant d'avoir le droit de m'en absenter."

Jim Harrison - De Marquette à Veracruz, Christian Bourgois, 492 pages, 25 €
Traduction : Brice Matthieussent

vendredi 4 août 2017

Librairies au nord de l'estuaire

Récemment en vacances du côté de l'estuaire de la Gironde, j'ai profité de cette visitecomme je le fais à chaque fois que je quitte mon antre, pour supporter les librairies indépendantes locales. Quelques dizaines d'euros investis à chaque fois dans des ouvrages ajoutés à ma pile de lectures
Du côté de La Rochelle, j'ai ainsi rendu visite à la librairie Calligrammes. Idéalement située sous les arches de la vieille ville, il s'agit d'un endroit convivial et chaleureux où on a tôt fait de passer des heures à aller d'un présentoir à l'autre, d'une bibliothèque à l'autre, en se laissant guider par les conseils de lecture rédigés de la main des libraires et disposés à proximité des livres. Une saine habitude des libraires qui repose sur leurs goûts et leur proximité avec le lecteur et qui engage à la conversation et aux conseils. L'argument massue en leur faveur et, par contrecoup, au détriment des supermarchés de la culture où les bouquins s'empilent de façon impersonnelle sans goût, sans vie, sans rien. 

Poursuivant sur Poitiers, j'ai poussé la porte de la très moderne librairie La belle aventure située dans le quartier piéton de la ville. Parquet sombre au sol, bibliothèques tassées contre les murs, présentoirs clairs et bien rangés au centre, l'impression chirurgicale n'empêche pas de s'y sentir bien. Là aussi des petits bandeaux sous les bouquins signalent les coups de cœur de la librairie. Et même si on aurait apprécié un petit mot personnel, cela permet d'attirer l'attention sur les livres conseillés. Les allées sont claires et aérées, et on s'y sent bien.

Librairie Calligrammes 24 rue Chaudrier, 17000 La Rochelle.
Librairie La belle aventure, 12/15 rue des Grandes écoles, 86000 Poitiers.

jeudi 3 août 2017

Choix de l'antidote

J'ai commandé ce lundi le logiciel Antidote 9 (version MAC). Software édité par la société Druide à Montréal, il a la réputation d'être l'un (sinon le) des meilleurs logiciels de correction d'orthographe, de grammaire, de typographie et même de style. Pour ce dernier point toutefois, je suis assez circonspect, et j'attends de juger sur pièce. Quoi qu'il en soit j'en avais assez de détecter sans cesse de nouvelles coquilles dans mes romans et nouvelles après maintes relectures. 

Je n'utiliserai pas Antidote comme une solution miracle mais comme une étape supplémentaire dans le processus de correction de mes textes. Il devenait vital pour moi de m'armer de ce genre d'outil vu le nombre de pages et de projets d'écriture que je mène en parallèle. Depuis sept mois maintenant j'utilise le logiciel Scrivener pour l'écriture et les phases de réécriture. Je n'utilisais encore Word que pour la phase d'édition avant publication. Avec Antidote, le correcteur de Word (très mauvais) ne sera donc plus d'aucune utilité et qui plus est, Antidote se branche sur Scrivener. Retours des tests à suivre...

mercredi 2 août 2017

L'humeur du 2 août

Je ne suis pas un fan des rentrées littéraires. Opération commerciale lancée à grands cris par les responsables commerciaux des maisons d'édition, en liaison avec quelques relais prompts à l'hystérie collective... Tout ça pour nous fourguer des centaines de bouquins en quelques jours que personne n'a le temps (et souvent pas l'envie non plus) de lire ni de critiquer. Mais voilà, c'est le marronnier de saison alors on continue, mû par cette énergie folle qui étreint l'homme à poursuivre toutes ses œuvres de destruction massive dans une joie clownesque achetée à crédit. Bref.
Septembre s'annonce et avec ce mois sinistre on nous promet 581 nouveaux romans et recueils de nouvelles qui vont venir rejoindre les étals déjà encombrés des librairies. Enfin, pour les plus chanceux d'entre eux car 99% de ces bouquins passeront directement à la trappe médiatique et commerciale. La rentrée littéraire c'est surtout le moment pour les têtes de gondole habitués au hit parade des ventes de montrer les muscles et accessoirement de faire marcher le tiroir caisse des éditeurs. Bref.

A en croire les chiffres de Livres Hebdo voilà une rentrée en hausse de tout ou presque... 6% d'augmentation du volume des nouveautés françaises notamment, et 81 premiers romans (contre 66 l'an dernier). 581 nouveaux livres donc, contre 560 en 2016. Vertigineux. Dans cette logorrhée éditoriale, j'ai peine à croire que 10% de la production sera à sauver. De façon beaucoup plus modeste, mon prochain roman sera également disponible aux premières heures de Septembre. Mais parce que je suis conscient de l'encombrement des étagères des bibliothèques remplies de bouquins que personne ne lit, conscient aussi de l'embouteillage monstre sur les présentoirs des librairies, je continuerai à ne pas envoyer ce nouveau roman à un quelconque éditeur pour tenter cette aventure de l'édition. Et je poursuivrai mon petit bonhomme de libre entreprise, préférant toujours l'auto édition de fiction à l'édition traditionnel d'auto fiction (une mode bien pénible de l'édition française). 
Sur ce je retourne corriger encore une fois le manuscrit de ce nouveau roman dont j'annoncerai le titre définitif d'ici quelques jours... (Teasing or Die !)

mardi 1 août 2017

La citation du... 1er août

En ce début de mois d'août et après avoir lu "Lumière d'août" de William Faulkner, il m'a semblé nécessaire de démarrer par une citation tirée de ce bouquin fleuve (un peu trop fleuve d'ailleurs). 

"Un homme craint davantage ce qui pourrait lui arriver que les ennuis qu'il a déjà soufferts. Il se cramponne aux ennuis qu'il a déjà soufferts plutôt que de risquer un changement".

William Faulkner, Lumière d'août.


mardi 18 juillet 2017

MANX : Journal de bord - Semaines 35 à 40

Cet article fait partie de la série "MANX: Journal de bord" qui se propose de suivre de façon hebdomadaire l'écriture de mon nouveau roman depuis les premières prises de notes jusqu'à l'impression du livre dans... plusieurs mois !  Article précédent : Journal de bord (31-34)

Phase 12 - En route pour la fin
Alors voilà. La quatrième version de "MANX" est terminée depuis le 14 juillet. J'avoue je n'ai pas été très productif pendant les deux premières semaines de juin et j'ai mis 6 semaines au lieu des 4 prévues pour produire cette v4. Mais qu'importe, ça y est, elle est finie. J'avais établi une synthèse des éléments à corriger à la lumière de certains retours des béta-lecteurs. Je n'ai pas incorporé toutes les suggestions de ces derniers (non Mathieu, je n'ai pas sabré le dernier chapitre par exemple :)) mais j'ai tout de même tenu compte des remarques qui se recoupaient. Exactement comme je l'avais fait pour "Brûler à Black Rock". J'ai également modifié quelques éléments que j'avais moi-même notés durant l'écriture de la v3 (un personnage pas assez creusé à développer, une scène trop longue, un personnage qui ne sert à rien...). Je pense que cette v4 est plus équilibrée donc même si je suis un peu déçu de ne pas avoir amaigri le roman : 656 000 signes contre 610 000 de la 3ème version.

Mais cela peut/va changer puisque comme vous vous en doutiez, après la 4ème version viendra la... 5ème version. Mais là ça va être beaucoup plus soft en terme de modifications. 
Je vais prendre quelques jours de congés et profiter de ce petit break pour corriger l'épreuve manuscrite de cette v4. Le fond a déjà été corrigé, il s'agira maintenant de corriger uniquement la forme, ce qui sera plus rapide. Je ne garantis pas de réduire de façon drastique ce roman mais je vais essayer d'aller à l'essentiel et de supprimer tout passage inutile (pas facile tant j'ai tendance à me répandre mais je sais que c'est mal). 
D'ici deux ou trois semaines je pense que j'aurai fini de relire et de corriger cette v4 et la v5, la quasi définitive, sera prête. Il ne restera plus qu'à refaire une dernière correction orthographique et je pourrai me plonger dans le processus de publication sur la deuxième quinzaine d'août. Ce nouveau roman sera donc disponible dès la première semaine de septembre. J'ai trouvé le titre définitif mais je réserve la surprise pour la prochaine fois !  

Sinon, j'ai profité du long week-end du 14 juillet pour corriger également la version imprimée de "Waterloo en maillot de bain" qui souffrait de quelques coquilles. Je mettrai à profit le mois d'août pour republier une version expurgée de celles-ci. 
Et je pourrai donc me plonger dans de nouveaux projets dès le début du mois de Septembre, et j'ai beaucoup de projets ! Sur ce, bon été à tous ! 

lundi 17 juillet 2017

L'extrait du... 17 juillet


J'ai trouvé cet extrait d'une interview de l'immense Jim Harrison qui date de la première élection d'Obama. Je n'ai pas la date exacte ni la référence d'où elle a été tirée mais j'aime son ton, sa clairvoyance et sa simplicité. 
Je vais bientôt me plonger dans un nouveau pavé de cet auteur que j'aime énormément, à l'occasion de la lecture de "Dalva". Et je n'aurai de cesse que d'encourager tout le monde à lire et à relire Jim Harrison. Je vous dois d'ailleurs une chronique de l'extraordinaire "De Marquette à Veracruz" lu il y a quelques semaines. Il me faut juste trouver le temps de l'écrire avec le soin que mérite cet extraordinaire bouquin...
"Aux Etats-Unis, nous en sommes au point où chaque Américain intelligent a été contraint de devenir le proctologue de l'anus putrescent du capitalisme effréné. C'est assez désagréable, d'autant que notre gouvernement nous a complètement lâchés. Nous avons été violés par la classe de nos dirigeants, et toute la communauté financière a manifesté le même sens moral qu'un cartel de la drogue mexicain.
(...)
George Bush, qui n'a jamais rien accompli sinon au service de sa propre classe, a commencé une guerre pour des raisons largement imaginaires, mais aussi en partie pour montrer à son père comment on s'y prend. C'est la crise oedipienne la plus coûteuse de tous les temps. Bush est sincèrement sidéré d'apprendre que les bombes intelligentes se révèlent à l'usage l'être beaucoup moins que les attentats à la voiture piégée. Même après Abou Ghraib, il s'étonne que le monde arabe ne nous aime pas. Bush et les autres escrocs de bas étage de notre gouvernement proposent 750 milliards de dollars pour renflouer la communauté financière, mais rien pour la sécurité sociale des enfants démunis.

(...)
Bien sûr, je suis poète et romancier, mais pas économiste ni l'un de nos innombrables nababs des médias qui pensent apparemment que parler, c'est penser. J'ai aussi remarqué que les politiciens n'aiment pas la bonne cuisine, car ils passent un temps fou à chier par la bouche.

(...)
Contrairement à la plupart d'entre nous autres, les proctologues amateurs, je ne reproche pas tout aux financiers et au Congrès. Je situe l'origine du désastre actuel dans notre système d'enseignement pourri et paresseux. Alors que je faisais des recherches pour écrire une longue nouvelle, j'ai récemment découvert qu'un pourcentage infime de nos étudiants, 10% au mieux, a une petite idée de l'endroit où ils se situent historiquement, géographiquement, géologiquement ou du point de vue de la botanique. Les adultes sont seulement des produits à peine améliorés du même système d'enseignement. Les gens âgés en savent davantage, car ils ont eu droit à un meilleur système. Les crétins étant incapables de reconnaître leurs semblables, ils ont voté deux fois pour George Bush et ses sbires. Les médias, pour la plupart méprisables, n'ont guère été d'une grande aide, car, jugeant la réalité tout à fait insupportable, ils font des pieds et des mains pour s'en tenir aux faits périphériques. Les médias en général se sont contentés de lécher les bottes des méprisables nouveaux riches qui, sans vergogne, nous dépouillaient de tout.

(...)
Vers quelles consolations pourrais-je donc me tourner en ces temps de détresse, sinon vers le côtes-du-rhône, avec un petit verre de vodka en prime, sans oublier un peu d'antique poésie chinoise chaque matin, où nous autres humains sommes toujours présentés comme les victimes de nos dirigeants ? Bizarrement, je ne me suis pas vraiment soucié d'avoir perdu une bonne partie de l'argent mis de côté pour ma retraite. L'insécurité ne me menace pas, car je ne me suis jamais senti en sécurité. Je pourrais toujours prendre ma retraite en allant au crématorium. Bonne chance à vous, camarades proctologues ! J'avoue avoir dernièrement beaucoup parlé à mes chiens. Les chiens comprennent le monde grâce au langage des odeurs et les miens m'ont déclaré qu'il régnait dans tout le pays une affreuse pestilence qu'il fallait éradiquer."


Jim Harrison

dimanche 16 juillet 2017

Lecture : Emmanuel Carrère - Je suis vivant et vous êtes morts

Emmanuel Carrère a écrit en 1993 une biographie romancée de l'écrivain de SF Philip K.Dick. Une période de sa vie où Carrère a déjà plus ou moins consciemment entamé le virage de la fin de la fiction. La quasi totalité de sa production romancée est derrière lui, il n'écrira plus que "La classe de neige" en 1995, se consacrant ensuite à des récits, articles, essais sortant de la fiction pure.

Dans "Je suis vivant et vous êtes morts", titre très Dickien, Carrère alterne les éléments de la biographie de l'auteur de "Ubik" avec des interprétations personnelles. 
Pas de révélation fracassante à attendre toutefois, ceux qui ont déjà lu d'autres biographies de Dick, notamment celle de Lawrence Sutin, n'y apprendront pas grand chose. 
Quant à ceux qui ne s'intéressent pas à Dick, ce n'est pas en lisant cette biographie qu'ils vont s'y mettre. 

Car passée la première moitié du bouquin, plutôt alerte et accrocheuse, Carrère nous ressert ad nauseum les obsessions psychiques et les névroses sans fin d'un auteur dont la vie tourne à vide. Sans compter que les interprétations et les commentaires de Carrère qui parsèment cette biographie m'ont rapidement lassé. Certains écrivains ont une une vie passionnante et ont produit une oeuvre terne, pour d'autres ce fut le contraire. Avec Dick, clairement on se situe dans la seconde catégorie. Dès lors, à moins d'être fan de Dick (ou de Carrère!) cette biographie ne présente pas un grand intérêt.  

Emmanuel Carrère - Je suis vivant et vous êtes morts (Points), 
432 pages, 7.95€

lundi 10 juillet 2017

L'extrait du... 10 juillet


"Pas un seul visiteur du matin ne regarde la ville autrement qu'à travers son appareil. La vie est un Photomaton. La mémoire des hommes serait-elle devenue à ce point défaillante qu'il faille archiver chaque instant ? Ainsi des voyages modernes: on traverse le monde pour prendre une photo. Il n'y aura plus de récits de voyage, seulement des cartes postales. (...)
Qu'a fait de mal le monde pour qu'on tire des écrans sur lui ? Seuls les enfants, les vieillards et les oiseaux regardent la vue de leurs pleins yeux. Ce sont les derniers êtres à qui il restera des souvenirs."


Sylvain Tesson - Une très légère oscillation (Les équateurs)

dimanche 9 juillet 2017

L'extrait du... 9 juillet


"Pour les Pyramides, ce qu’elles offrent surtout d’étonnant, c’est qu’on ait pu trouver tant d’hommes assez avilis pour passer leur vie à la construction d’une tombe destinée à quelque imbécile ambitieux, qu’il eût été plus sage et plus mâle de noyer dans le Nil pour ensuite livrer son corps aux chiens."

Henry David Thoreau - Walden ou la vie dans les bois 
(Gallimard, traduction Louis Fabulet)

jeudi 6 juillet 2017

Soutien aux libraires indépendants

Alors certes, on ne va pas ruiner Amazon et faire disparaitre des radars de l' "économie globale" (un terme très démago qui rime avec "dilatation anale") ce géant de la distribution. Je crains au contraire que la boite américaine ne prenne de plus en plus d'importance et de pouvoir au fil des années qui arrivent. Déjà plus riche que de nombreux pays du monde, Amazon finira certainement un jour par être l'unique entreprise du monde dont nous serons tous les esclaves. 
Néanmoins, il convient de souligner les initiatives des libraires indépendants qui se bougent pour tenter au moins de survivre. Certains se battent pour la sauvegarde des nénuphars d'Amazonie, d'autres pour la survie des coléoptères d'Asie, d'autres encore plus près de chez nous pour qu'on arrête d'abandonner des clébards au début des vacances. Moi mon truc c'est la survie des librairies indépendantes. Oh je n'en fais certes pas un combat, je manque de pugnacité et je suis trop pacifiste pour cela. Mais quand même, quand je vois que pour la première fois, 700 libraires français se mettent d'accord pour proposer sur un seul site de partager leurs fonds, ça prouve que tout n'est pas encore foutu. Et qu'on ne va pas s'enduire nous-mêmes de gel en attendant que Jeff Bezos sorte son bazooka orange pour nous refaire. 
4000 ouvrages des fonds de ces 700 libraires sont donc depuis fin juin disponibles à la commande ou proposés directement dans les stocks de ces libraires sur le site Libraires Indépendantes

Alors oui, je vous vois venir : souvent les bouquins sont proposés à la commande ou dans une librairie à 500 km de chez moi... Ou bien le site n'est pas sexy... So what ? Est-on si pressé que ça de lire un bouquin ? Ne peut-on attendre deux ou trois jours de plus si on en profite pour aller retirer son bouquin dans une vraie librairie avec à l'intérieur des vrais gens ? Ces mêmes gens qui aiment la même chose, à savoir la littérature, et qui sont toujours disponibles pour en parler. Parce que comme tout le monde le sait, la raison d'être de la littérature se trouve bien dans cette assertion simple mais tellement exacte : "parce que la vie ne suffit pas". 
Je recours moi-même à ce site depuis la fin du mois de juin pour trouver quelques bouquins que je ne suis pas forcément pressé de lire et qui ne justifient donc en rien de s'adonner à la paresse intellectuelle et physique consistant à se rendre sur Amazon. De toute façon je boycotte Amazon depuis deux ans.

J'en profite pour vous recommander de profiter de vos vacances d'été pour prendre le temps d'aller visiter les libraires indépendants de vos lieux de villégiature. Acheter un ou deux livres de poche chez eux, ça n'engage pas à grand chose mais pour la sauvegarde de l'esprit indépendant, c'est déjà pas mal.

mercredi 5 juillet 2017

Lecture : Julian Barnes - La table citron

Julian Barnes fait partie de ces auteurs britanniques nés pendant la seconde guerre mondiale qui se sont taillés un joli succès libraire en s'appuyant sur la publicité apportée par un prix régulier (un Médicis par là, un Fémina par ici) et qui à soixante-dix ans se retrouve à la tête d'une bibliographie replète autant dans le roman que dans l'essai, le récit ou la nouvelle. On ne peut décemment pas détester un tel profil, mais la question que je me pose est : peut-on s'en féliciter ? Encore que, entre nous, on s'en fout pas mal.
Il y a longtemps, dans une autre vie où j'avais mis mon activité d'auteur en pause pour devenir lecteur à plein temps, j'avais lu "Metroland" le premier roman de l'auteur publié au tout début des années 80. J'ai totalement oublié de quoi il s'agit mais j'en ai gardé un bon souvenir.
J'ai l'image, à juste titre ou non on parle de subjectivité totale, d'un auteur académique et sérieux, amoureux de littérature française classique et très... britannique. Ayant retrouvé un livre de Barnes à l'occasion d'un séjour printanier récent dans la maison familiale, j'ai donc lu "La table citron", recueil de onze nouvelles publié en VF au Mercure de France.

Quatrième de couverture : "Précisons d’emblée qu’il n’y a dans aucune des merveilleuses nouvelles qui composent ce livre de table avec un citron dessus, de table en bois de citronnier, ou de table peinte en jaune. Non. En Chine, nous apprend Julian Barnes, le citron symbolise la vieillesse, et la table citron est celle autour de laquelle on se réunit pour parler.
Sinistre ? Pas du tout. Il y a du Tchekhov dans ce livre-là — la délicatesse, la tendresse, la retenue — et du Gogol — la dérision, le trait à l’emporte-pièce — plus l’humour inimitable de Julian Barnes.
Onze merveilles, donc, ciselées, ourlées, entre lesquelles on aurait bien du mal à faire un choix. Il y a celle qui met en scène Tourgueniev vieillissant et la très jeune Maria Savina dont il est amoureux. Que s’est-il donc passé (l’anecdote est authentique) pendant le court voyage en train qu’ils ont fait ensemble ?
Il y a l’histoire de l’officier à la retraite qui vient depuis vingt ans à Londres et qui en profite chaque fois pour rendre visite à la même prostituée. Mais un jour, il va devoir réaliser que le temps a passé.
Et puis peut-être la plus émouvante — en même temps celle qui fait rire le lecteur — « La cage à fruits », où un fils découvre avec stupeur que ses parents âgés de 81 et 80 ans se séparent parce que son père a une maîtresse avec laquelle il emménage parce que sa femme le battait."

Ce recueil de nouvelles n'est pas des plus réjouissants. Il s'agit d'une déclinaison sur le thème de la vieillesse et de la mort, sujets qui ne sont pas réputés pour la joie qu'ils procurent. Comme dans tout recueil de nouvelles, certaines toucheront davantage tel ou tel lecteur, car le ton n'y est pas toujours le même, parfois Barnes se montre plus enjoué, ou plus féroce. J'ai particulièrement aimé la nouvelle qui met en scène cet officier en retraite qui va voir la même prostituée depuis vingt ans pour la vision décalée et tragi-comique qu'elle révèle. Certaines autres nouvelles ne m'ont guère intéressé, j'ai parfois du me forcer pour aller au bout, déçu par le ton pessimiste de Barnes et des situations qui n'ont rien évoqué en moi. Certes l'élégance britannique est toujours là, c'est d'ailleurs ce qui sauve certains textes plus faibles de la farce sinistre. Mais ça ne m'a pas donné vraiment envie de poursuivre l'aventure sur d'autres nouvelles de l'auteur. J'y reviendrai sûrement à l'occasion d'un texte plus long et doté d'un ton moins déprimant.

Julian Barnes - La table citron, Mercure de France, 256 pages, 17 €

mardi 4 juillet 2017

L'extrait du... 4 juillet


"Les écrivains qui n'écrivent pas, dis-je
c'est comme les putes qui ne sucent pas
ils devraient changer de métier
faire cuistot chez McDo
ou postier en Italie."



Dan Fante - De l'alcool dur et du génie 
(13e note, traduction : Léon Mercadet)

vendredi 30 juin 2017

L'extrait du... 30 juin

"Domino savait que la vie se mesure parfois en intervalles qui, bien que minuscules, sont cruciaux. Ainsi, quand on baisse les yeux pendant juste une seconde pour allumer une cigarette alors qu'un véhicule arrive en sens inverse. Ou si on se torche le cul avec le billet de loterie gagnant parce qu'on a pas d'autre papier dans son portefeuille à part des billets de banque. Ou si on est trop pressé de remonter sa braguette et qu'on coince un peu de peau tendre entre les petites dents de laiton et puis qu'on reste là tout seul devant l'urinoir sans pouvoir baisser ou monter la fermeture éclair, qu'on se débat silencieusement en essayant de ne pas hurler."

Larry Brown - L'usine à lapins (Folio) / Traduction de Pierre Furlan

mardi 27 juin 2017

Lecture : Pascal Garnier - Cartons

"Cartons". Faut oser pour un titre de roman. Aujourd'hui en 2017 pour vendre un roman, il faut un titre à rallonge ou alors un titre qui contient "la fille". Si le destin - appelez ça comme vous voulez - avait voulu que Pascal Garnier survive à son cancer, nul doute qu'il aurait poursuivi son oeuvre originale et sensible, toute en atmosphères. J'ignore s'il aurait cédé à la pression des éditeurs pour se mettre lui aussi aux titres à la con dont l'unique but est de vendre toujours plus. J'ai la faiblesse de penser que non.

Quatrième de couvertureTout commence par un déménagement - cette " catastrophe naturelle " : Brice, illustrateur de livres pour la jeunesse et compagnon de la dive bouteille, quitte son appartement lyonnais pour une grande maison plutôt isolée à la campagne. Il a choisi l'endroit avec son épouse journaliste d'ailleurs partie quelque part en Egypte. Esseulé, sans nouvelles d'Emma, Brice s'abandonne peu à peu au désespoir en squatteur de son propre logis, ne sortant plus guère du garage où sont entassés les cartons qu'il éventre au petit bonheur. Les évocations d'Emma, l'attente d'un appel qui ne vient pas, et la rencontre de Blanche, une étrange femme-elfe sans âge, sorte de spectre de l'enlisement provincial, ponctuent cette dégringolade dans l'enfer des cartons. Tout se précipite bientôt et le roman d'atmosphère vire au roman noir

"Cartons" est un roman posthume publié en 2012 chez Zulma et qui prouve s'il en était encore besoin toute la puissance de conteur de Garnier. Un déménagement à la campagne d'un homme seul, voilà un sujet qui n'est à priori pas des plus romanesques. Et pourtant, prouvant qu'il n'y a pas de mauvais sujets, Pascal Garnier parvient à en faire un bouquin qu'il est impossible de lâcher avant d'avoir tourné la dernière page.
Comme à son habitude l'auteur fait court et efficace. Moins de 190 pages d'une écriture atmosphérique et qui va à l'essentiel. Les doutes et les rêves passés à la machine, il en reste toujours des cendres sur lesquelles reconstruire quelques choses. Une façon de rire du malheur, de lui faire un croche patte. A l'opposé de ces romans "feel good" qui inondent les librairies, Garnier fait dans la pauvre humanité, celle qui renâcle, qui s'essouffle, qui combat mais qui ironise, qui se fait cynique pour oublier la douleur et qui, à la fin, ne connait pas un épilogue joyeux plein de rires d'enfants et de bonheur conjugal. Parce que le bonheur c'est quand même chiant : les gens heureux n'ont pas d'histoire, c'est bien connu. Mais des histoires qui valent le coup, Pascal Garnier en a(vait) plein... ses cartons ! 

Extrait : Les enfants lui avaient toujours fait peur, même quand il en était un lui-même. Ces panneaux à l'entrée des villages, Attention enfants ! comment les interpréter ? Il s'en méfiait comme de la peste. "Les enfants sont des ogres, des vampires. Il suffit de voir leurs jeunes parents, les mères aux seins taris, les pères aux mains vides pour saisir tout l'avidité de ces impitoyables cannibales. Ils nous cueillent à la fleur de l'âge et dévastent nos jardins secrets avec leurs tricycles rouges et leurs ballons pareils aux masses qu'on balance du haut des grues pour ébouler les vieux pans de murs. Ils font de nos amantes de grosses femmes qui bavotent béatement en se tâtant le ventre et de nous des idiots abrutis de fatigue poussant des caddies débordant de nourriture insipide. Ils nous en veulent d'être des nains,nous obligent à les punir puis à le regretter.Sur la plage ils jouent à nous enterrer ou creusent des trous pour nous pousser dedans. Ils ne rêvent qu'à ça, prendre notre place. Ils ont honte de nous, regrettant de ne pas être orphelins tout en nous singeant d'une façon odieuse. Plus tard ils pillent nos tiroirs, deviennent de plus en plus bêtes à mesure que leur barbe pousse, que leurs seins poussent, que leurs dents poussent. Bientôt, comme les années passées, on ne les revoit plus. Ils ne réapparaîtront que pour balancer une poignée de terre ou une rose fanée sur notre boîte et se disputer les reliefs du repas.

Pascal Garnier - Cartons, Zulma, 192 pages, 17.5 €

lundi 26 juin 2017

L'extrait du... 26 juin

"Pendant des années
j'ai versé du bourbon dans ma tête
pour tuer les voix

Mais vint le temps où j'ai dû lâcher la gnôle
ou rendre mon passeport

Des jours ca allait si mal
que je devais remballer mes affaires dès le matin
dire que j'étais malade 
et quitter mon poste de télé-vendeur
trente secondes avant de tuer quelqu'un

Je passais prendre deux Big Mac et louer deux pornos
je rentrais
tirais les rideaux
et me branlais dans du steak haché
pour étouffer le bruit

Il me fallait des heures de télé et des romans de 800 pages sans
répondre au téléphone
pendant des jours
sans me raser ni laver une assiette
ni changer de slip
juste pour garde la tête hors de l'eau

Aujourd'hui
je vais mieux

j'ai changé pour Burger King"


Dan Fante - De l'alcool dur et du génie (13ème note)

jeudi 22 juin 2017

Lecture : David Vann - Désolations

Après la découverte de David Vann avec le maîtrisé Sukkwan Island, puis le journalistique Dernier jour sur terre ainsi que le terrifiant Impurs, je me suis lancé avec "Désolations" dans une quatrième visite de l'univers de cet auteur particulièrement efficace et doué.

Quatrième de couverture : "Sur les rives d'un lac glaciaire au cœur de la péninsule de Kenai, en Alaska, Irene et Gary ont construit leur vie, élevé deux enfants aujourd'hui adultes. Mais après trente années d'une vie sans éclat, Gary est déterminé à bâtir sur un îlot désolé la cabane dont il a toujours rêvé. Irene se résout à l'accompagner en dépit des inexplicables maux de tête qui l'assaillent et ne lui laissent aucun répit. Entraînée malgré elle dans l'obsession de son mari, elle le voit peu à peu s'enliser dans ce projet démesuré. Leur fille Rhoda, tout à ses propres rêves de vie de famille, devient le témoin du face-à-face de ses parents, tandis que s'annonce un hiver précoce et violent qui rendra l'îlot encore plus inaccessible".

Ce roman, deuxième dans l'ordre chronologique de la bibliographie de l'écrivain, écrit en 2011 constitue une sorte de prolongement de "Sukkwan Island". Il y est à nouveau question de destins hors du commun de quelques êtres dans l'immensité sauvage de l'Alaska. On y retrouve la même écriture ample et précise, les mêmes interrogations sur les relations humaines (père/fils dans "Sukkwan Island", mari/femme dans "Désolations"). Ainsi que cette façon d'écrire une Nature brute, sauvage, oppressante mais droite dans ses bottes. Avec David Vann, il n'y a pas plus de miracle écologique que de rédemption pour ceux qui s'y soumettent. Elle n'offre rien à ceux qui cherchent tout. 
Vann est toujours aussi à l'aise dans l'écriture des conflits intérieurs et des obsessions personnelles qui détruisent l'intimité des êtres et soulignent leur non-sens. Et l'on se laisse toujours aussi facilement emporté par son style prenant, qui nous embarque et qui nous pousse dans les cordes où l'on assiste, un peu KO au naufrage annoncé de ses personnages. Encore du grand art.

Extrait : "Elle refusait toujours de le regarder et Gary sentit presque qu’il aurait dû faire un effort en cet instant, dire quelque chose pour combler la distance, faire la paix. Peut-être s’excuser pour la nuit dernière, pour lui avoir dit qu’il pensait mériter une meilleure épouse qu’elle. Mais elle l’avait attaqué la première et il n’avait pas vraiment envie de faire un effort. Il se sentait frigorifié. Il pensa pour une étrange raison à Ariane et au passage de Catulle où dans le cœur de sa promise gît un labyrinthe de chagrin, peut-être parce que les épaules d’Irene étaient voûtées. Il ne voyait pas son visage, mais à la voir scruter ainsi la neige, tout semblait perdu. Il ne se souvenait pas des vers en latin. Ariane regardait Thésée prendre la mer sur son navire, l’abandonner tout comme Énée le ferait avec Didon, et comme Gary envisageait, depuis des années, sans doute même des décennies, de le faire avec Irene. Le temps était peut-être venu de laisser mourir leur mariage. Cela vaudrait peut-être mieux pour tous les deux. Une union mal assortie dès le départ, quelque chose qui avait amoindri leurs existences. Difficile de savoir ce qui était vrai. Une part de lui-même voulait s’excuser, l’entourer de ses bras, lui dire qu’il n’avait qu’elle au monde, mais ce n’était qu’un réflexe, une habitude à laquelle il ne fallait pas se fier.
Je vais scier des rondins, dit-il."

David Vann - Desolations, Gallmeister, 336 pages, 9.8€

mercredi 21 juin 2017

L'extrait du... 21 juin

"Les arbres nous enseignent une forme de pudeur et de savoir vivre. Ils poussent vers la lumière en prenant soin de s'éviter, de ne pas se toucher, et leurs frondaisons se découpent dans le ciel sans jamais pénétrer dans la frondaison voisine. Les arbres , en somme, sont très bien élevés, ils tiennent leurs distances. Ils sont généreux aussi. La forêt est un organisme total, composé de milliers d'individus. Chacun est appelé à naître, à vivre, à mourir, à se décomposer- à assurer aux génération suivantes un terreau de croissance supérieur à celui sur lequel il avait poussé. Chaque arbre reçoit et transmet. Entre les deux, il se maintient. La forêt ressemble à ce que devrait être une culture." 

Sylvain Tesson - Une très légère oscillation (Equateurs)

lundi 19 juin 2017

L'extrait du... 19 juin

"Cannes, se disait Xavier, c'est la fête de la saucisse avec des putes en Louboutin. Tous à dégueuler leur caviar, le nez plein de coke, après avoir récompensé du cinéma roumain. Les intellos de gauche adorent les Roms, parce qu'on les voit beaucoup souffrir sans jamais les entendre parler. Des victimes adorables. Mais le jour où l'un d'eux prendra la parole, les intellos de gauche se chercheront d'autres victimes silencieuses. Cette bande de baltringues, pensait Xavier, leur grand héros c'était Godard, un type qui ne pense qu'à la thune et qui s'exprime en calembours. 
Eh bien partant de là, ils ont quand même réussi à dégringoler. Fallait le faire."

Virginie Despentes - Vernon Subutex 1 (Grasset)

vendredi 16 juin 2017

Lecture : Pascal Garnier - Lune captive dans un oeil mort

Je tiens Pascal Garnier, pour l'un des meilleurs auteurs contemporains français. Parce qu'il sait écrire des romans courts, débarrassés de toute matière grasse superflue. Il va à l'os. Parce qu'il sait planter des ambiances avec quelques mots à peine qui font toute la différence. Il est efficace. Parce qu'il a une voix que l'on reconnait tout de suite. Il est original. Au fond j'aime les bouquins de Pascal Garnier pour les mêmes raisons que j'aime tant les livres d'auteurs tels que Brautigan, Saroyan ou Fante. 
Pascal Garnier nous a quitté en 2010, bien trop tôt, à l'âge de 61 ans. En laissant derrière lui une œuvre riche de 17 romans, 7 recueils de nouvelles et d'une quarantaine de textes pour la jeunesse. 

Quatrième de couverture Martial et Odette viennent d'emménager dans une résidence paradisiaque du sud de la France, loin de leur grise vie de banlieue. Les Conviviales offrent un atout majeur : protection absolue et sécurité garantie – pour seniors uniquement.
Assez vite, les défaillances du gardiennage s'ajoutent à l'ennui de l'isolement. Les premiers voisins s'installent enfin. Le huis clos devient alors un shaker explosif : troubles obsessionnels, blessures secrètes, menaces fantasmées du monde extérieur. Jusqu'à ce que la lune, une nuit plus terrible que les autres, se reflète dans l'œil du gardien…

"Lune captive dans un œil mort" a été publié en 2009 aux excellentes éditions Zulma qui ont édité la majeure partie des bouquins de l'auteur. On y retrouve la patte Garnier, son regard à la fois sombre et attendri sur des petites gens de tous les jours qui vivent des choses ordinaires de façon extraordinaire.

L'univers feutré de la résidence surveillée de retraités permet à l'auteur de s'en donner à cœur joie sur les petites tensions du quotidien entre des voisins qui espèrent puis qui s'ennuient de l'autre, qui surveillent et qui sont sous surveillance. De la noirceur en réserve, quelques scènes doucement absurdes mais qui participent au ton franchement réussi de ce bouquin... On retrouve la palette habituelle de Garnier et surtout cette façon qu'il a de nous faire adrer tout de suite à son univers. Inutile de chercher à se réfugier dans des imaginaires farfelus ou de se tordre les neurones sur des drames psychotiques : Pascal Garnier a cette capacité à dépeindre le quotidien le plus simple pour en aiguiser les aigreurs, pour en faire ressortir les absurdités. Comme ça, l'air de rien. Et en moins de 200 pages. Du grand art.

Extrait
- Tu sais ce qu'ils mangent, les gitans ?
- Non ?
- Du hérisson ! Parfaitement, du hérisson. C'est normal. On en voit beaucoup écrasés au bord des routes... Gitans, route, hérisson... C'est logique.
- C'est idiot ce que tu dis... On trouve aussi des enjoliveurs au bord des routes, ils ne bouffent pas des enjoliveurs...

- Non, ils les volent.  

Pascal Garnier - Lune captive dans un oeil mort, 
Zulma, 160 pages, 16.8 €