samedi 31 décembre 2016

Lecture : Jean Echenoz - Cherokee

Alors je sais... On va me dire que je ne laisse pas leurs chances aux auteurs contemporains Français. Et que je me répète quand je dis que dans notre beau pays donneur de leçons en matière de culture, tout ouvrage distingué par un prix se révèle, 9 fois sur 10, un mauvais roman. Oui, peut être. Non, sûrement... Et ce n'est pas ce brave Jean Echenoz qui me fera changer d'avis avec ce "Cherokee" publié en 1983.
L'agréable découverte de "Envoyée Spéciale" en début d'année 2016 et il y a quelques années le joli "Courir" du même Echenoz m'ont conduit à décider que cet auteur et moi, on avait peut être un moyen de s'entendre. 
Sous l'élégante maquette des éditions de Minuit, "Cherokee" se veut un polar parisien qui adopte le style humoristique et décalé qui fera la marque de fabrique d'Echenoz. Ok. Sauf que cette histoire m'a rapidement ennuyée, je n'ai ressenti aucune sensation, pas davantage qu'une quelconque tendresse pour l'un des (innombrables) personnages de ce roman. C'est mou, c'est long, et cela ressemble à une punition par un dimanche pluvieux de novembre.
Encore un livre décoré d'un prix (Médicis 83 en l’occurrence) qui confirme ma crainte de lecteur devant les livres primés.

mercredi 28 décembre 2016

Lecture : David Vann - Dernier jour sur Terre

Amateurs du Monthy Python Flying Circus, passez votre chemin ou bien soyez un bon schizophrène comme moi : avec David Vann on ne se fend pas trop la poire. Ses livres sont noirs, ses personnages intenses, et la désespérance jamais bien loin de la surface du quotidien. Bon voilà, ça c'est dit. 
Mais David Vann est un sacré bon auteur. Quand même, ben ouais ! Faut le dire parce que l'air de rien le garçon est en train de se tailler une sacrée réputation dans le milieu du roman noir. Son Sukkwand Island était une merveille, son "Dernier jour sur Terre" est un délice.

Egalement publié en VF chez l'excellente maison Gallmeister, traduit par Laura Derajinski, ce bouquin se veut une plongée âpre dans une tragédie réelle qui s'est déroulée en 2008 lorsque dans son université américaine, Steve Kazmierczak a ouvert le feu sur une classe, tuant 5 personnes, en blessant 18 autres avant de retourner son arme contre lui. Là où David Vann est fort, et ce qui fait tout le charme de ce bouquin, c'est qu'il réussit à mettre en parallèle le destin de ce tueur de 27 ans avec son propre destin, lui l'écrivain qui à l'âge de 13 ans a perdu son père, suicidé dont il hérite de sa collection d'armes à feu.
Jonglant entre l'itinéraire sanglant de Kazmierczak et le sien, David Vann ne fait aucun faux pas dans une exercice pourtant périlleux et casse gueule à souhait. Il n'en fait jamais trop, il ne tombe ni dans le sentimentalisme suranné, ni dans le pathos dégoulinant. David Vann écrit vrai et on est tout de suite embarqué dans son monde déroutant et complexe qui s'insinue dans les recoins les plus sombres de l'âme humaine pour en extirper les bouts les plus crus et les agiter pour réveiller nos consciences. Sans même donner l'impression de le faire, agissant en douceur et avec tact, tel un Arsène Lupin de la cambriole. 
Situé quelque part entre l'enquête et le roman, ce récit est une grande réussite dont feraient bien de s'inspirer tous les tâcherons qui pondent à la chaîne des exo fictions et des enquêtes roboratives pourtant encensées par la critique médiatique en France ces derniers mois. 
Décidément, l'Amérique n'en finit plus de nous donner des écrivains de génie et merci à Gallmeister d'être la maison d'édition qu'il manquait aux lecteurs de l'hexagone pour les découvrir. Je n'ai pas fini de sitôt de lire les productions de cette maison-là que je vous encourage à découvrir toutes affaires cessantes si ce n'est déjà fait. 

Extrait : "Après le suicide de mon père, j’ai hérité de toutes ses armes à feu. J’avais treize ans. Tard le soir, je tendais le bras derrière les manteaux de ma mère dans le placard de l’entrée pour tâter le canon de la carabine paternelle, une Magnum .300. Elle était lourde et froide, elle sentait la graisse à fusil. Je la portais dans le couloir, à travers la cuisine et le garde-manger jusque dans le garage, où j’allumais la lumière pour l’observer, une carabine à ours avec une lunette de visée, achetée en Alaska pour chasser les grizzlys."

Calendrier de l'avent : Jour 24

Petite série de 24 minuscules billets en forme de calendrier de l'avent pour célébrer les 24 meilleurs bouquins de mon panthéon. Sans prétention autre que celle de s'amuser en donnant des conseils de lecture. Pas d'ordre qualitatif non plus. Bref, auberge espagnole : chacun picore ce qu'il veut.

Jour 24/24 : Richard Brautigan - La vengeance de la pelouse








Bon. Nous y voilà. Le jour 24 dans un calendrier de l'avent, c'est le D DAY.
Dans les calendriers de mes enfants, c'est là que sont cachés les plus gros jouets, les plus gros morceaux de chocolat. 
J'ai déjà abordé ici l'impact qu'a eu la découverte de Richard Brautigan dans ma libération de l'écriture. Pas sûr que je me serais remis à écrire pour de bon si je n'avais pas croisé ce bouquin-là au début des années 2000, après avoir laissé tomber quelques temps cette tâche ingrate et tellement difficile que constitue l'écriture de fiction.
Je fais donc partie de la confrérie des adorateurs de Brautigan qui constitue avec John Fante, William Saroyan et Charles Bukowski mon carré d'as en matière d'auteurs favoris. Même si Larry Brown les talonne et que j'aurais pu ajouter "Père et fils" du regretté Brown si j'avais décidé d'ajouter un 25ème jour à ce calendrier de l'avent. Mais bref, passons. 
Brautigan, c'est extraordinaire de poésie, de concision, de tendresse. Sans oublier des métaphores qui désarçonnent et qui troublent, de petites perles d'inventivité et d'originalité. 
Dans ce bouquin, 62 nouvelles éclairs qui vous feront passer par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. 
J'aurais également pu évoquer le recueil bilingue et exhaustif de son oeuvre poétique qui est paru en novembre au Castor Astral mais j'ai eu le bouquin au pied du sapin de Noël et je ne l'ai pas encore lu. Même si je sais déjà que ça va être un incontournable.  

Extraits :
"Il avait dépassé de beaucoup l'âge normal de mourir.
Il était sur le chemin de la mort depuis si longtemps qu'il s'y était perdu"


"Ses yeux coulaient avec cette expression humaine qu'ont les chiens quand, après avoir vécu avec les gens trop longtemps, ils finissent par leur ressembler dans ce qu'ils ont de pire."

"On dit qu'au printemps, il vient à l'imagination des jeunes gens des idées d'amour. Peut-être, s'il leur reste assez de temps, y a t-il aussi un peu de place dans leur imagination pour une tasse de café."

"La vie est aussi simple que de traverser le Nouveau-Mexique à bord d'une Jeep d'emprunt, avec, près de moi, une fille si jolie que, chaque fois que je la regarde, je me sens bien des pieds à la tête."

mardi 27 décembre 2016

Calendrier de l'avent : Jour 23

Petite série de 24 minuscules billets en forme de calendrier de l'avent pour célébrer les 24 meilleurs bouquins de mon panthéon. Sans prétention autre que celle de s'amuser en donnant des conseils de lecture. Pas d'ordre qualitatif non plus. Bref, auberge espagnole : chacun picore ce qu'il veut.

Jour 23/24 : (Anonyme) - Le roman de Renart








C'est peut être avec celui-là que j'ai vraiment découvert les joies de la lecture. 
Classique parmi les classiques sans le côté "intouchable et nombriliste" qui accompagne trop souvent les bouquins dits "classiques".
Mon premier émoi de lecture il y a plus de 30 ans... mais une relecture plus qu'enrichissante avec les yeux d'un adulte.


Extrait :
"Profitant de l'absence d'Ysengrin, Renart prétend éprouver de l'amour pour la louve Hersent qui se laisse séduire et lui cède. Non content de son forfait, le goupil s'en prend aux louveteaux qu'il humilie un à un. Sitôt de retour, Ysengrin s'élance avec Hersent à la poursuite de Renart. Mais leurs chemins divergent et la louve se retrouve coincée dans un terrier trop étroit. Sous prétexte de la dégager, Renart abuse à nouveau d'elle, mais cette fois sous les yeux mêmes d'Ysengrin ! Renart se sauve après l'avoir moqué et ridiculisé"

Lecture : Jacky Schwartzmann - Mauvais coûts

Tous les chemins mènent à l'écriture. C'est logique, l'écriture c'est la base. Enfin d'accord je prêche pour ma paroisse mais bon... Jacky Schwartzmann n'est pas seulement une identité à faire péter les scores d'un concours de scrabble à la maison de retraite de Paray le Monial. Je tiens à préciser que j'ai choisi cette commune tout à fait par hasard, écrivant la première qui m'est passée par la tête et dont les habitants sont appelés les Parodiens - du coup certains d'entre vous auront appris quelque chose en lisant ces lignes et ça c'est déjà pas mal. Mais je poursuis car il serait dommage de passer à côté de l'objectif principal de cette petite chronique : vous donner envie de lire "Mauvais coûts".
Alors d'accord j'évente la surprise de la sentence mais on s'en fiche, je ne suis aucune logique. Alors à part cette histoire de scrabble, l'auteur derrière Jacky Schwartzmann est né en 1972 et a obtenu un DEUG de philosophie à la faculté de Besançon. Tous les chemins mènes à l'écriture donc, et même la philosophie ! Après son diplôme, l'homme arrête ses études pour se consacrer à l'écriture, enchaîne les petits boulots pour vivre et envoie ses manuscrits jusqu'à gagner en 2003 un concours du premier roman. Bon. Quand je lis ça, je me dis que ce type a eu à 20 ans la vie que j'aurais aimée avoir si j'avais eu les couilles de le faire. Et je ne parle même pas de gagner un concours ou de se faire publier. Juste d'avoir les tripes pour aller à l'essentiel. Enfin bref.

"Mauvais coûts" a été publié en 2016 par l'éditeur lyonnais "La fosse aux ours" - éditeur chez qui je pourrais envoyer le manuscrit de "Brûler à Black Rock" ou même le manuscrit final du projet "Manx" en cours d'écriture... (encore une histoire de tripes ou de couilles j'imagine). 
Il s'agit d'un petit roman furieusement noir qui s'attaque aux pratiques en vigueur dans les grandes entreprises sous couvert d'une fiction que l'on imagine à peine exagérée. Le narrateur est un acheteur sans scrupule pour le compte d'une multinationale où les relations humaines sont à l'état de guerre de tranchée entre services. Promenant un regard désabusé sur la décrépitude qu'est devenue sa vie familiale et professionnelle, il s'enfonce dans une sorte de folie quotidienne qui ressemble trait pour trait à la folie quotidienne de tous ceux qui l'entourent... jusqu'à l'explosion libératrice (ou pas!). 
Le style est volontairement sec, un brin provocateur, et on sent que l'auteur a pris un vrai plaisir à dépeindre ces décisions débiles qui président aux vies des employés d'une multinationale, la folie du système hiérarchique castrateur des n+1, l'absurdité des tâches quotidiennes confiées à des collaborateurs dépassés par chaque décision qui les impacte. On ne lâche plus ce bouquin très addictif, vite lu et qui laisse un arrière goût étrange dans la bouche, quelque part entre un enthousiasme jubilatoire et un sale goût de réalité à peine travestie pour tous ceux qui bossent dans une multinationale et qui sont confrontés aux travers décrits dans ce bouquin. J'avais l'impression que le narrateur de ce bouquin décrivait ma propre entreprise et ça parlera donc à beaucoup de lecteurs perdus dans une vie "remplissage de frigo" qui à force d'absurdité en devient hilarante.

Extrait : "Je terminai ma visite par l'atelier, où les gars aux mains noires et calleuses et aux convictions mouvantes tentaient de travailler un peu entre deux revendications. Je l'aimais bien, l'atelier. J'aimais bien les vingt têtes de veau qui y officiaient et qui rivalisaient d'originalité pour trouver un moyen de faire chier l'ennemi public numéro 1 : le comité de direction, dit le CODIR. Ils étaient très forts. La plupart bénéficiaient de postes aménagés, du fait de handicap tous plus aberrants les uns que les autres. Gilles ne pouvait pas soulever de poids supérieur à trois kilos et il n'avait pas le droit de visser ou dévisser, à cause de ses coudes. Il servait à pas grand chose. Il était là, il était juste là. Sylvain, un gaillard fort comme un bœuf, avait le dos en vrac et ne pouvait pas rester debout plus de vingt minutes - sauf le dimanche, jour de foot... Et j'en passe. La palme revenait à Giuseppe, un vieux rital malin qui avait un certificat médical le dispensant de balayer l'atelier. Oui. A cause de la poussière. Giuseppe avait trouvé un médecin assez con pour lui signer ça. Un ophtalmo, en fait. Ses yeux ne supportant pas la poussière, la pratique du balayage lui était interdite."

Calendrier de l'avent : Jour 22

Petite série de 24 minuscules billets en forme de calendrier de l'avent pour célébrer les 24 meilleurs bouquins de mon panthéon. Sans prétention autre que celle de s'amuser en donnant des conseils de lecture. Pas d'ordre qualitatif non plus. Bref, auberge espagnole : chacun picore ce qu'il veut.

Jour 22/24 : John Fante - Bandini







Extrait :
"Le petit-déjeuner pour trois garçons et un homme. Il s’appelait Arturo, mais détestait ce prénom ; il aurait aimé s’appeler John. Son nom de famille était Bandini, mais il aurait préféré Jones. Sa mère et son père étaient italiens, il les aurait voulu américains. Son père était poseur de briques, il l’eût préféré lanceur pour les Chicago Cubs. Ils habitaient Rocklin, Colorado, dix mille habitants, et il voulait habiter Denver, à trente milles de là. Son visage était couvert de taches de rousseur qu’il haïssait. Il fréquentait une école catholique, il aurait préféré une école publique. Sa petite amie s’appelait Rosa, mais elle le détestait. Enfant de chœur, il était un vrai diable et haïssait les enfants de chœur. Il voulait être bon garçon, mais il redoutait d’être bon garçon, car il craignait que ses amis ne le traitent de bon garçon. Il s’appelait Arturo et il aimait son père, mais il vivait dans la hantise du jour où il serait assez costaud pour rosser son père. Il adorait son père, mais prenait sa mère pour une mijaurée doublée d’une idiote."

lundi 26 décembre 2016

Lecture : Philip Roth - Goodbye Columbus

Il y a quelques années (c'était en 2012) Philip Roth a décidé de ne plus écrire. Alors que cette décision se révélerait une bénédiction pour certains tâcherons d'écrivains que la bienséance m'interdit de nommer, en ce qui concerne un auteur du calibre et du talent de Roth, cela a de quoi laisser perplexe. Auteur encensé par la critique et adulé par les lecteurs - notamment en France - régulièrement cité dans les favoris du Nobel de Littérature, une pareille décision a de quoi interpeller. 
En annonçant cette nouvelle qui a estomaqué le petit monde de la littérature, il précisait dans une interview donnée aux Inrocks : Je n’ai pas l’intention d’écrire dans les dix prochaines années. Pour tout vous avouer, j’en ai fini. "Némésis" sera mon dernier livre. Regardez E.M. Forster, il a arrêté d’écrire de la fiction vers l’âge de 40 ans. Et moi qui enchaînais livre sur livre, je n’ai rien écrit depuis trois ans. J’ai préféré travailler à mes archives pour les remettre à mon biographe. 
Allant même plus loin, Philip Roth annonçait la mort proche du roman et son intention de non seulement ne plus en écrire, mais également de ne plus en lire. Alors en attendant de lire son hypothétique biographie, il nous reste une liste de plus de 25 romans et de recueils de nouvelles à nous mettre sous la dent.

J'ai découvert Philip Roth avec "Pastorale américaine", sixième roman du cycle de Nathan Zuckerman mais qui peut tout à fait se lire de façon indépendante, ce que j'ai d'ailleurs fait au début des années 2000. Ce bouquin-là reste à mes yeux ce que j'ai lu de mieux de l'auteur.

Toutefois, à l'image de ce que je suis également en train de faire avec Jim Harrison, j'essaye de lire les livres de Roth dans leur ordre chronologique ou à peu près. Au menu donc : "Goodbye Columbus", un recueil de six nouvelles écrites entre 1957 et 1959.
Dans cette édition de poche Folio Gallimard traduite par Céline Zins, le Roth moderne (de maintenant) se penche sur ces textes de jeunesse dans une préface en forme de mea culpa. Dans ces feuillets qui précèdent les six textes, il y annonce avec une fausse modestie typique combien ces nouvelles sont imparfaites et un reflet de ce qu'il ne faut pas faire quand on écrit. Il va sans dire que beaucoup d'auteurs aimeraient mal écrire comme Roth. Néanmoins, il n'a pas tout à fait tort : certaines de ces nouvelles sont maladroites et relèvent plus du tâtonnement d'un auteur qui cherche sa voix et non de l'oeuvre majeure comme il en écrira par la suite. Pourtant déjà on trouve dans ces textes les thèmes chers à Roth qu'il n'aura de cesse d'explorer plus profondément ensuite : la place du juif dans l'Amérique de l'après guerre et la place du sexe dans la vie d'un homme, juif de surcroît. Ceux qui ne connaîtraient pas Roth pourraient être refroidis par ce programme et encore une fois, ces nouvelles ne constituent pas ses meilleurs textes. Toutefois, la seule nouvelle "Défenseur de la foi" mérite à elle seule la lecture de ce recueil. Dans ce texte qui place la question de la religion juive dans l'armée de l'oncle Sam, on retrouve déjà l'humour corrosif et fin, le regard critique et aiguisé d'un grand écrivain en devenir. Les autres textes m'ont moins marqué. Cependant, il faut lire ce recueil comme ce qu'il est : les premiers essais littéraires d'un auteur majeur de la littérature mondiale moderne. Et qui plus est, un auteur qui est retraité depuis 2012.  

Calendrier de l'avent : Jour 21

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Jour 21/24 : William Golding - Sa majesté des mouches





Quatrième de couverture :

"Une bande de garçons de six à douze ans se trouve jetée par un naufrage sur une île déserte montagneuse, où poussent des arbres tropicaux et gîtent des animaux sauvages. L'aventure apparaît d'abord aux enfants comme de merveilleuses vacances. On peut se nourrir de fruits, se baigner, jouer à Robinson. 
Mais il faut s'organiser. Suivant les meilleures traditions des collèges anglais, on élit un chef. C'est Ralph, qui s'entoure de Porcinet, «l'intellectuel» un peu ridicule, et de Simon. Mais bientôt un rival de Ralph se porte à la tête d'une bande rivale, et la bagarre entre les deux bandes devient rapidement si grave que Simon et Porcinet sont tués. Ralph échappe de justesse, sauvé par l'arrivée des adultes. Ce roman remarquable a un sens allégorique qu'il n'est pas difficile de comprendre : c'est l'aventure des sociétés humaines qui est tragiquement mise en scène par les enfants. Mais l'œuvre vaut avant tout par la description de leur comportement et par l'atmosphère de joie, de mystère et d'effroi qui la baigne."

mardi 20 décembre 2016

Calendrier de l'avent : Jour 20

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Jour 20/24 : Jorge Luis Borges - Fictions





Extrait :

"Une des écoles de Tlön en arrive à nier le temps ; elle raisonne ainsi : le présent est indéfini, le futur n’a de réalité qu’en tant qu’espoir présent, le passé n’a de réalité qu’en tant que souvenir présent. Une autre école déclare que tout le temps est déjà révolu et que notre vie est à peine le souvenir ou le reflet crépusculaire, et sans doute faussé et mutilé, d’un processus irrécupérable. Une autre, que l’histoire de l’univers – et dans celle-ci nos vies et le plus ténu détail de nos vies – est le texte que produit un dieu subalterne pour s’entendre avec le démon. Un autre, que l’univers est comparable à ces cryptographies dans lesquelles tous les symboles n’ont pas la même valeur et que seul est vrai ce qui arrive tous les trois cents nuits. Une autre, que pendant que nous dormons ici, nous sommes éveillés ailleurs et qu’ainsi chaque homme est deux hommes."

lundi 19 décembre 2016

Calendrier de l'avent : Jour 19

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Jour 19/24 : Charles Bukowski - L'amour est un chien de l'enfer









Extrait :
je pense à des voitures garées dans
un parking
 
quand je pense à ma propre mort
je pense à des poêles à frire
 
quand je pense à ma propre mort
je pense à quelqu'un te faisant l'amour
en mon absence
 
quand je pense à ma propre mort
j'ai de la peine à respirer
 
quand je pense à ma propre mort
je pense à tous les autres qui attendent la leur
 
quand je pense à ma propre mort
je pense que je ne pourrai plus
jamais boire de l'eau
 
quand je pense à ma propre mort
l'air devient tout blanc
 
et les cafards dans la cuisine
se mettent à trembler
et quelqu'un devra jeter
mes sous-vêtements propres ou sales
à la poubelle.

dimanche 18 décembre 2016

Calendrier de l'avent : Jour 18

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Jour 18/24 : Stefan Wul - Niourk




Quatrième de couverture :
"Plus de mers ni d'océans sur la Terre ravagée par un cataclysme ; seulement quelques lacs peuplés de monstres, et le désert. Les survivants, réduits à une simple tribu de nomades redevenus primitifs, vivent dans l'ancien golf du Mexique. Thoz est le chef de cette tribu, et il traite les femmes et les enfants comme des esclaves, principalement un enfant noir, seul de sa race, qui ne trouve de consolation qu'en rêvant aux dieux qui, dit-on, hantent les vestiges du passé. Il découvre ainsi les ruines de ce qui fut une ville moderne, encore couverte d'affiches publicitaires, puis, poussant toujours plus loin sa quête, aborde l'étrange et l'immense Niourk (New York) où ne subsistent que des robots et des rats mutants. C'est alors que deux voyageurs vénusiens, dont les Terriens sont les ancètres, viendront à sa rencontre et seront stupéfaits par son savoir."

samedi 17 décembre 2016

Calendrier de l'avent : Jour 17

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Jour 17/24 : Philip Roth - Pastorale américaine







Quatrième de couverture :
"Après trente-six ans, Zuckerman l'écrivain retrouve Seymour Levov dit «le Suédois», l'athlète fétiche de son lycée de Newark. Toujours aussi splendide, Levov l'invincible, le généreux, l'idole des années de guerre, le petit-fils d'immigrés juifs devenu un Américain plus vrai que nature.
Le Suédois a réussi sa vie, faisant prospérer la ganterie paternelle, épousant la très irlandaise Miss New Jersey 1949, régnant loin de la ville sur une vieille demeure de pierre encadrée d'érables centenaires : la pastorale américaine.
Mais la photo est incomplète, car, hors champ, il y a Merry, la fille rebelle. Et avec elle surgit dans cet enclos idyllique le spectre d'une autre Amérique, en pleine convulsion, celle des années soixante, de sainte Angela Davis, des rues de Newark à feu et à sang...
Passant de l'imprécation au lyrisme, du détail au panorama sans jamais se départir d'un fond de dérision, ce roman de Philip Roth est une somme qui, dans son ambiguïté vertigineuse, restitue l'épaisseur de la vie et les cicatrices intimes de l'Histoire"

vendredi 16 décembre 2016

Calendrier de l'avent : Jour 16

Petite série de 24 minuscules billets en forme de calendrier de l'avent pour célébrer les 24 meilleurs bouquins de mon panthéon. Sans prétention autre que celle de s'amuser en donnant des conseils de lecture. Pas d'ordre qualitatif non plus. Bref, auberge espagnole : chacun picore ce qu'il veut.

Jour 16/24 : William Saroyan - Papa tu es fou







Quatrième de couverture :
« Je me suis levé de table et je me suis mis à danser la gigue : Papa a éclaté de rire, et j’aime l’entendre rire comme ça – comme un type qui écrit, qui a faim et qui est complètement fou. » Voici l’histoire d’un enfant de dix ans et de son père dans les années cinquante à Malibu – deux écrivains, l’un en herbe, l’autre qui, pour faire bouillir la marmite, hésite entre écrire un livre de recettes et une pièce de théâtre. Le père et le fils font la cuisine avec trois fois rien – l’inénarrable Riz de l’Écrivain –, courent sur la plage, se racontent des histoires et rêvent au son du phono, l’un d’être le premier à marcher sur la Lune, l’autre de ne vivre que pour écrire. L’air de rien, leur histoire pleine d’histoires est d’abord celle d’une transmission, où un père, le fameux Papa, trouve toujours la plus belle réponse à tout et l’offre à son fils, sur le sens de la vie, la joie d’être au monde et, plus que tout, la passion de l’écriture.

jeudi 15 décembre 2016

Calendrier de l'avent : Jour 15

Petite série de 24 minuscules billets en forme de calendrier de l'avent pour célébrer les 24 meilleurs bouquins de mon panthéon. Sans prétention autre que celle de s'amuser en donnant des conseils de lecture. Pas d'ordre qualitatif non plus. Bref, auberge espagnole : chacun picore ce qu'il veut.

Jour 15/24 : David Vann - Sukkwand Island






Quatrième de couverture :
Une île sauvage du Sud de l'Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C'est dans ce décor que Jim décide d'emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d'échecs personnels, il voit là l'occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu'il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu'au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin. Sukkwan Island est une histoire au suspense insoutenable.

mercredi 14 décembre 2016

Calendrier de l'avent : Jour 14

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Jour 14/24 : Richard Matheson - Je suis une légende



Quatrième de couverture :
Chaque jour, il doit organiser son existence solitaire dans une cité à l'abandon, vidée de ses habitants par une étrange épidémie. Un virus incurable qui contraint les hommes à se nourrir de sang et les oblige à fuir les rayons du soleil...
Chaque nuit, les vampires le traquent jusqu'aux portes de sa demeure, frêle refuge contre une horde aux visages familiers de ses anciens voisins ou de sa propre femme.
Chaque nuit est un cauchemar pour le dernier homme, l'ultime survivant d'une espèce désormais légendaire.


Extrait 
"Il se brossa les dents avec soin, utilisant même un fil dentaire. Il faisait très attention à ses dents car, à présent, il était son propre dentiste. Il pouvait négliger beaucoup de choses, mais pas sa santé. Dans ce cas, tu attends quoi pour arrêter de picoler ? se dit-il. Et toi, tu attends quoi pour la boucler ? se répondit-il." 

mardi 13 décembre 2016

Calendrier de l'avent : Jour 13

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Jour 13/24 : Charles Bukowski - Le postier












Extrait 
Le chef était un pète-sec nommé Jonstone. On avait besoin d'aide là-bas et j'ai compris pourquoi. Jonstone aimait porter des chemises rouge foncé - et ça voulait dire danger et sang. On était 7 sups [= agents suppléants] - Tom Moto, Nick Pelligrini, Herman Stratford, Rosey Anderson, Bobby Hansen, Harold Wiley et moi, Henry Chinaski. On commençait à 5 heures du matin et j'étais le seul ivrogne du lot. Je buvais toujours jusque bien après minuit, et à 5 heures du matin, fallait être assis là, à attendre du boulot, attendre qu'un titulaire se fasse porter malade. Les titulaires se faisaient porter pâles généralement quand il pleuvait ou pendant une vague de chaleur ou le lendemain d'un jour férié quand le volume de courrier était le double de d'habitude.

Il y avait 40 ou 50 tournées différentes, peut-être plus, chaque casier de tri était différent, y'avait jamais moyen d'en apprendre aucun, fallait classer le courrier avant 8 h du matin et être prêts pour les camions, et Jonstone n'acceptait aucune excuse. Les sups classaient leurs magazines au coin des rues, sautaient leur déjeuner et mouraient dans la rue. Jonstone nous faisait commencer à classer nos tournées avec 30 minutes de retard - il pivotait dans son fauteuil avec sa chemise rouge - "Chinaski tu prends la tournée 539 !" On commençait une demi-heure en retard mais on était quand même censés préparer et distribuer le courrier et rentrer à l'heure. Et une ou deux fois par semaine, déjà bien vannés, lessivés, entubés, fallait encore faire les levées de nuit, et l'horaire sur la feuille de route était impossible à tenir - le camion n'allait pas aussi vite. Fallait sauter quatre ou cinq boîtes sur le premier parcours, et la fois d'après elles étaient bourrées de courrier, et on puait, on pissait la sueur en bourrant les sacs. Pour baiser, ça j'étais baisé. Jonstone y veillait. 

lundi 12 décembre 2016

Calendrier de l'avent : Jour 12

Petite série de 24 minuscules billets en forme de calendrier de l'avent pour célébrer les 24 meilleurs bouquins de mon panthéon. Sans prétention autre que celle de s'amuser en donnant des conseils de lecture. Pas d'ordre qualitatif non plus. Bref, auberge espagnole : chacun picore ce qu'il veut.

 Jour 12/24 : HG Wells - L'homme du docteur Moreau



Extrait 
Je vis maintenant près de la grande place déserte sous le ciel que balaie le vent. Quand je vivais à Londres, je ne pouvais échapper aux hommes ; leurs voies entraient par les fenêtres, et les portes closes n'étaient qu'une insuffisante sauvegarde, je sortais par les rues pour lutter avec mon illusion et des femmes qui rôdaient miaulaient après moi, des hommes faméliques et furtifs me jetaient des regards envieux, des ouvriers pâles et exténués passaient auprès de moi en toussant, les yeux las et l'allure pressée comme des bêtes blessées perdant leur sang ; de vieilles gens courbés et mornes cheminaient en marmottant, indifférents à la marmaille loqueteuse qui les raillait. Mais les figures mornes sans expression des gens rencontrés dans les trains et les omnibus m'étaient particulièrement nauséeuses. Ils ne paraissaient pas plus être mes semblables que l'eussent été des cadavres, si bien que je n'osai plus voyager à moins d'être assuré de rester seul. 

Je me suis éloigné de la confusion des cités et des multitudes, et je passe mes jours entouré de sages livres, claires fenêtres sur cette vie que nous vivons, reflétant les âmes lumineuses des hommes. Je ne vois que peu d'étrangers et n'ai qu'un train de maison fort restreint. Je consacre mon temps à la lecture et à des expériences de chimie, et je passe la plupart des nuits, quand l'atmosphère est pure, à étudier l'astronomie. Car, bien que je ne sache ni comment ni pourquoi, il me vient des scintillantes multitudes des cieux le sentiment d'une protection et d'une paix infinies. C'est là, je le crois, dans les éternelles et vastes lois de la matière, et non dans les soucis, les crimes et les tourments quotidiens des hommes, que ce qu'il y a de plus qu'animal en nous doit trouver sa consolation et son espoir.

MANX : Journal de bord - Semaines 13&14

Cet article fait partie de la série "MANX: Journal de bord" qui se propose de suivre de façon hebdomadaire l'écriture de mon nouveau roman depuis les premières prises de notes jusqu'à l'impression du livre dans... plusieurs mois :) Article précédent : Journal de bord (12)

Phase 6 - Goûter la pâte
Bon voilà. Après avoir écrit le premier jet de ce nouveau roman pendant huit semaines, la phase précédente consistait à "laisser reposer la pâte" le temps d'oublier un peu tout ça. Deux semaines pendant lesquelles j'ai travaillé sur un recueil de fictions courtes et de poésies écrites entre 2004 et 2012 et que j'ai publié pendant cet intervalle (Waterloo en maillot de bain). 
Et puis j'ai passé quatre jours à relire complètement ce premier jet, estimant que j'avais suffisamment laissé reposer la pâte comme ça. Une relecture cahier de notes en main avec deux feutres de couleur (bleu/rouge) pour noter ce qui va et ce qui ne va pas. Les problèmes qu'en tant que lecteur je trouve dans une scène ou dans une autre. Les points à retravailler, les passages qui me semblent intéressants à reprendre, les idées à développer, ou au contraire les choses à supprimer.
Maintenant, les interrogations fusent et globalement j'ai plus de questions que de réponses. Concrètement je sens qu'il y a quelque chose de bancal dans ce manuscrit. Alors oui c'est un premier jet et c'est le propre d'un premier jet d'être bancal mais il n'empêche, je me pose vraiment des questions structurantes : 
- le point de vue narratif n'est pas le bon et je n'arrive pas à me décider lequel adopter. 
- les différentes intrigues aujourd'hui entremêlées sont elles nécessaires... Comment simplifier sans tout sacrifier ?
- les personnages sont-ils suffisamment habités ?
Se poser ces questions c'est, quelque part, y répondre... Parce que globalement à la lecture de ce premier jet, je me suis emmerdé et ça, c'est pas bon ! 

Donc, la suite c'est de prendre du recul et remettre en perspective l'histoire que je veux raconter et la façon dont je veux le faire. L'idée c'est de profiter de la semaine de congés à noël pour me relancer dans un nouveau premier jet à la lumière de ces constats. Sans trop me prendre la tête non plus, je n'ai pas envie que le processus créatif soit trop parasité. D'ailleurs je pense que je vais plutôt soigner les personnages et me lancer dans ce nouveau manuscrit sans figer les choses de façon trop marquée (un squelette de la trame narrative oui mais pas de plan détaillé) pour garder de la spontanéité et un ton débridé. 

dimanche 11 décembre 2016

Calendrier de l'avent : Jour 11

Petite série de 24 minuscules billets en forme de calendrier de l'avent pour célébrer les 24 meilleurs bouquins de mon panthéon. Sans prétention autre que celle de s'amuser en donnant des conseils de lecture. Pas d'ordre qualitatif non plus. Bref, auberge espagnole : chacun picore ce qu'il veut.

 Jour 11/24 : Nicolas Gogol - Nouvelles de Pétersbourg
(La Perspective Nevski - Le Portrait - Le Journal d'un fou - Le Nez - Le Manteau.)


Quatrième de couverture
«L'assesseur de collège Kovaliov se réveilla d'assez bonne humeur. Il s'étira et se fit donner un miroir dans l'intention d'examiner un petit bouton qui, la veille au soir, lui avait poussé sur le nez. À son immense stupéfaction, il s'aperçut que la place que son nez devait occuper ne présentait plus qu'une surface lisse ! Tout alarmé, Kovaliov se fit apporter de l'eau et se frotta les yeux avec un essuie-mains : le nez avait bel et bien disparu !... Il s'habilla séance tenante et se rendit tout droit chez le maître de police.»
Kovaliov retrouvera son nez à la suite d'aventures fort étranges. Et si, conclut Gogol, «ce qu'il y a de plus étrange, c'est qu'un auteur puisse choisir de pareils sujets», «vous aurez beau dire, des aventures comme cela arrivent en ce monde, c'est rare, mais cela arrive.
» 

samedi 10 décembre 2016

Calendrier de l'avent : Jour 10

Petite série de 24 minuscules billets en forme de calendrier de l'avent pour célébrer les 24 meilleurs bouquins de mon panthéon. Sans prétention autre que celle de s'amuser en donnant des conseils de lecture. Pas d'ordre qualitatif non plus. Bref, auberge espagnole : chacun picore ce qu'il veut.

 Jour 10/24 : Eugène Ionesco - Rhinocéros



Extrait
- Je n'aime pas tellement l'alcool. Et pourtant si je ne bois pas, ça ne va pas. C'est comme si j'avais peur, alors je bois pour ne plus avoir peur.
- Peur de quoi ?
- Je ne sais pas trop. Des angoisses difficiles à définir. Je me sens mal à l'aise dans l'existence, parmi les gens, alors je prends un verre. Cela me calme, cela me détend, j'oublie.
- Vous vous oubliez !
- Je suis fatigué, depuis des années fatigué. J'ai du mal à porter le poids de mon propre corps...
(...) Je sens à chaque instant mon corps, comme s'il était de plomb, ou comme si je portais un autre homme sur le dos. Je ne me suis pas habitué à moi-même. Je ne sais pas si je suis moi. Dès que je bois un peu, le fardeau disparaît, et je me reconnais, je deviens moi. 

vendredi 9 décembre 2016

Calendrier de l'avent : Jour 9

Petite série de 24 minuscules billets en forme de calendrier de l'avent pour célébrer les 24 meilleurs bouquins de mon panthéon. Sans prétention autre que celle de s'amuser en donnant des conseils de lecture. Pas d'ordre qualitatif non plus. Bref, auberge espagnole : chacun picore ce qu'il veut

 Jour 9/24 : Ambrose Bierce - Dictionnaire du diable





Extrait
- Aider : Faire un ingrat

- Alliance : En politique internationale, union de deux voleurs qui ont leurs mains si profondément enfoncées dans les poches l'un de l'autre qu'il leur est difficile de s'en prendre séparément à un troisième.

- Autosatisfaction : Evaluation erronée.

- Bienveillance : Préface brève qui introduit à dix volumes d’exaction

- Bonheur : Agréable sensation qui naît dans la contemplation de la misère d'autrui.

- Calomnier : Attribuer malicieusement à quelqu’un les actions vicieuses que l’on n’a pas eu la tentation ou l’opportunité de commettre soi-même.

- Cirque : Endroit où les chevaux, les poneys et les éléphants sont autorisés à voir des hommes, des femmes et des enfants se conduire comme des idiots.

- Clarinette : Instrument de torture utilisé par une personne qui a du coton dans les oreilles. Il y a deux instruments qui sont pires qu'une clarinette : deux clarinettes.

- Compromis : Sorte d'ajustement d'intérêts divergents qui consiste à donner à chaque adversaire la satisfaction de penser qu'il a eu ce qu'il ne devait pas obtenir, et qu'il n'est privé de rien, sinon de ce qui lui était véritablement dû.

- Cynique : Grossier personnage dont la vision déformée voit les choses comme elles sont, et non comme elles devraient être.

- Égoïste : Dénué de respect pour l'égoïsme des autres.

- Excuser (s') : Poser les fondations d'une future offense.